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 Je fais comme si tout était normal...

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MessageSujet: Je fais comme si tout était normal...   Lun 24 Aoû 2015 - 18:22

...Je fais comme si tout était normal
mais derrière mon sourire mon regard j'ai mal...


...Pourquoi tu comprends pas que ça me fait aussi mal qu'à toi ?...
ft. William L. Mathewsen • May 2015
West Pasadena • Mathewsen's
La soirée vient de s'achever et je crois que je n'aurais pas du boire autant. Je sais me contrôler en général, mais ce soir j'ai eu un peu envie de tout oublier. Ça me servira de leçon. Je vais encore me faire tuer par mon père. Il a fini par me pardonner d'ailleurs, je ne voudrais pas qu'on se dispute déjà. Je n'ai pas envie de les décevoir, tous, je les aimes trop pour ça. C'est juste que j'ai besoin de décompresser et que je n'ai pas fait attention au fait qu'on me proposait des verres, au fait que je ne suis toujours pas habitué à boire. Daniel va me tuer aussi s'il sait ça. J'étais venu pour voir Kiera. Je l'ai vu et je lui ai même parlé, mais à vrai dire je ne sais plus très bien ce que je lui ai dit à présent. Je ne peux pas repartir en moto. Je suis trop bourré pour ça. Je vais me planter en moins de deux secondes si je monte là-dessus. Je repars donc à pied ayant d'ailleurs presque oublié ma moto. Je me dis que je la récupérerais plus tard.

Je crois que je me suis perdu en marchant vers la maison. C'est malin, mais ça me fait rire. L'alcool n'est vraiment pas fait pour moi. Je ne boirais plus jamais, promis. Je sors mon téléphone et compose le numéro d'Adam, mais au final je me demande si je ne fais pas une bêtise. Il va me détester, il doit sûrement dormir. Je raccroche et ne laisse pas de message, de toute manière, je ne suis pas sûr qu'il aurait compris ce que je disais. Je finirais bien par retrouver le chemin, d'ailleurs je crois que ce pont me dit quelque chose. Ouai c'est pont qui n'est pas très loin de la maison, celui ou Sacha et moi venions souvent et on enjambait la barrière pour descendre jusqu'à la rivière en dessous pour faire des ricochets. Je ne dois plus être très loin. Je crois que j'ai marché une bonne demi-heure avant d'arriver enfin à la villa. Tout était éteins évidement et plus moyen de retrouver mes clés. Merde, j'ai l'air d'un con maintenant. L'air frais m'a fait du bien, mais je suis toujours un peu soûl et j'ai très envie de dormir. Il va pourtant falloir que j'entre sans réveiller personne. C'est un gros défi. Si Sven me voit arriver il va aboyer comme d'habitude et la villa à ce désavantage d'avoir beaucoup d'échos.

Je n'ai plus qu'une option, je sais que ma fenêtre peut s'ouvrir de l'extérieur, le balcon de ma chambre donne sur une porte coulissante que je laisse ouverte quand je sais que les parents sont là, je me suis souvent sauver par la fenêtre quand j'étais ado pour rejoindre Erika. Ils n'en ont jamais rien su. Je monte par la gouttière, c'est plus difficile que prévu et je fini par glisser et me retrouver dans l'herbe. L'alarme anti-intrusion se met en route et les lumière extérieures s'allument d'un coup. J'entends Sven à l'intérieur qui aboie et me maudit d'être aussi bête. Mes parents sont arrivés, visiblement surpris de me voir rentré à cette heure-ci. Ils n'ont rien dit enfin, ma mère à lever les yeux au ciel, mon père est reparti et ma mère m'a lancé un: « Tu as intérêt de ne pas trop te faire remarquer demain si tu ne veux pas que ton père pique une crise.» J'ai levé les yeux au ciel et suis allé me couché. Je n'ai pas dormi longtemps à vrai dire. Je me réveille habituellement à six heures. Ce n'est pas mon père que je craignais le plus, mais Daniel. Il est venu me chercher à sept heures et à vu ma tête. Il ne m'a fait aucune réflexion mais j'ai bien senti que je ne devais pas me défiler. Il avait l'air de me dire d'assumer mes bêtises. Il a bien voulu faire l'entraînement à la maison. On a une grande piscine sous véranda et dont la ville donne sur toute la ville. J'adore cet endroit. Daniel n'a pas été tendre avec moi et à la fin de la mâtiné il m'a engueuler. « Je veux bien que tu t'amuse Will, mais tu as une compétition à la fin du mois je te rappel. Ce n'est pas le moment de jouer l'adolescent. Tu es adulte maintenant, assume au moins quand tu sais que tu ne pourra pas nager. Je ne te paie pas pour rien. Tu as intérêt d'être en forme pour ce soir. Sinon ne vient pas.» J'ai croisé les bras et je l'ai regardé partir. Mon téléphone à sonné, j'ai répondu et j'ai pu m’arranger pour qu'on me ramène ma moto sans que j'ai à retourné à la boîte de nuit. J'ai laissé mon téléphone sur la chaise longue et je me suis assis sur le bord de la piscine. Je n'avais pas vu Adam, je ne sais pas depuis combien de temps il était là, ni ce qu'il a vu ou entendu, mais je sais que j'ai déjà honte.

« Je ne t'avais pas vu. Tu es là depuis quand ? »

Il ne m'a rien dit depuis ce matin, en fait on ne s'est pas croisé, du moins j'ai tout fait pour l'éviter. Je ne me rappel plus si je lui ai laissé un message ou pas. J'étais bourré alors forcément je ne me souviens plus. J'espère juste qu'il ne me jugera pas trop et qu'il aura toujours autant d'admiration pour moi, que tout ça ne le décevra pas, même si je me doute bien que c'est un peu tard.

***

Mon frère est sorti, à ce que j'ai compris, et l'autre a encore fait des cauchemars si bien que je suis dans sa chambre, sur un matelas à même le sol qui au final ne quitte jamais le pied de son lit à attendre qu'il finisse par se rendormir. On a parlé quelques instants, ma main dans la sienne, et puis Morphée l'a récupéré pour le reste de la nuit - j'espère - et moi j'hésite entre attendre le lever du soleil ici ou regagner ma chambre quand mon téléphone sonne. Will. J'espère que ça ne signifie rien de grave. Je m'apprête à décrocher quand il raccroche, si bien que je murmure des « allô » dans le vide quelques instants avant de comprendre. Et j'hésite à rappeler, mais je me fais violence. Si c'était grave, on le saurait. Et si je le harcèle, ça va pas le faire non plus. Zen, Adam, il se passe sans doute rien de grave. Ca se trouve son tel s'est mis en route tout seul et il l'a stoppé in extremis. J'ai fini par regagner ma chambre, après quelques minutes à débattre avec moi-même, et je me suis rallongé. Mais impossible de trouver le sommeil et pour cause. Sven fait les cent pas dans le couloir, et ça m'aide pas non plus d'ailleurs.

Et puis du bruit dehors attire notre attention à tous, et l'alarme se déclenche, réveillant tout la maison. Le chien joue finalement son rôle. Quand j'ouvre la porte de ma chambre, je vois Papa qui a rebroussé chemin, et j'entends Maman réprimander Will à voix basse.

« Tu as intérêt de ne pas trop te faire remarquer demain si tu ne veux pas que ton père pique une crise. »

Me demandez pas pourquoi à cet instant, j'ai pas continué sur ma lancée, à vrai dire, j'en ai aucune idée. Ma chambre est la plus près de l'escalier, il fallait pas grand chose pour que je les rejoigne... Et pourtant non. Quand Maman s'est engagée dans les marches, j'ai refermé ma porte, et j'ai plus quitté ma chambre. Et peu après, j'ai entendu mon aîné regagner son propre lit, et le silence s'imposer à nouveau sur la villa.

Morphée a quand même pas voulu de moi. Alors quand ça a commencé à bouger, parce que Daniel est venu lever son protégé, je me suis extirpé des draps. Je suis resté un moment dans ma chambre, histoire qu'il se prépare tranquillement, et puis j'ai pris la salle de bains, puis un petit déj' silencieux dans la cuisine, avant que tout le monde ne se lève. J'aurais sans doute pu aller à la fac, mais de toute façon, les cours de ce matin sont trop relou, le prof raconte n'importe quoi d'une voix plus que soporifique et j'en apprends autant - voir plus - sur le net ou à la bibliothèque. J'ai d'ailleurs récupéré le sujet du cours auprès d'un pote, après avoir déposé Tom au lycée, et j'ai fait quelques recherches avant de me mettre à jouer - ce qui reste autrement plus passionnant de mon point de vue. Et puis l'heure du déjeuner approchant, j'ai arrêté de faire l'ermite, juste pour prévenir Will que le déjeuner allait pas tarder à être prêt... Et juste à temps pour voir Dan prendre congé.

« Je veux bien que tu t'amuses Will, mais tu as une compétition à la fin du mois je te rappelle. Ce n'est pas le moment de jouer l'adolescent. Tu es adulte maintenant, assume au moins quand tu sais que tu ne pourras pas nager. Je ne te paie pas pour rien. Tu as intérêt d'être en forme pour ce soir. Sinon ne viens pas. »

Tête de cochon en face. J'avoue que j'aurais peut-être pas été plus fin, mais bon... Will a répondu à son tel, s'est arrangé pour récupérer sa moto - une chance d'ailleurs qu'il ait eu la présence d'esprit de ne pas l'enfourcher hier soir - et c'est seulement après avoir raccroché qu'il a remarqué ma présence.

« Je ne t'avais pas vu. Tu es là depuis quand ?
- On va dire suffisamment longtemps... Comment tu vas ? »

Question con, il risque pas de répondre qu'il pète la forme, ou alors de façon ironique, mais bon... Faut bien commencer par quelque chose...

***

J'ai bien envie d'allumer une cigarette pour faire passer mon anxiété seulement Adam est là et je n'ai pas envie qu'il me voit fumer et qu'il prenne exemple sur moi. Je sais bien que c'est mauvais pour la santé, ça m'aide juste à faire passer mon stress parfois à me calmer. Certaines personnes diront que ça n'aide en rien, mais pour moi je me sens vraiment mieux après avoir fumé. Il est là depuis assez longtemps … Cela veut tout dire. Il a du voir Daniel, il a du aussi m'entendre cette nuit. D'où cette question que je commence à détester. Je soupire un peu agacé. On me l'a pose trop souvent, pourquoi les gens ne peuvent pas comprendre que je n'ai pas envie de répondre à ça? Que je veux juste qu'on me laisse tranquille, qu'on m'oublie de temps en temps et à la fois j'aimerais qu'on me comprenne. Je suis assez compliqué en fin de compte.

« Super! Ça ne peut pas aller mieux. Qu'est-ce que vous avez tous avec cette putain de question?!»

Je me suis un peu emporté et sur la mauvaise personne comme toujours. C'est toujours ma famille qui prend. Je ne peux pas m'empêcher d'être parfois dur avec eux alors qu'ils ont toujours étés là pour moi. Je suis vraiment horrible parfois et je m'en veux déjà d'être aussi dur, d'avoir l'impression qu'ils ne comprennent pas, alors qu'ils sont les mieux placés pour connaître ma douleur, ils ont la même aussi, sauf qu'ils sont bien plus fort que moi et qu'ils ne la montrent pas. C'est peut-être pour ça que j'ai l'impression qu'ils ne comprennent pas, qu'ils sont passés à autre chose alors que je sais très bien que c'est faux. Je me lève du bord du bassin et pars chercher mon paquet de cigarettes que j'ai laissé sur une chaise longue. J'en prend une quand même, j'en ai vraiment besoin. Je l'ai allumé et j'ai commencé à la fumer. Je sais que je suis dur avec lui, que je ne suis pas le frère qu'il rêverait d'avoir, parce que je suis bien trop faible pour l'être. Je me passe une main sur le visage me frottant les yeux et me massant un peu les tempes. La soirée d'hier à vraiment été trop arrosée. Sven le huski vient s’asseoir à côté de moi et j'en profite pour lui donné une caresse. Il est tout le temps avec moi et me suis souvent partout. C'est devenu un véritable ami et il fait parti de la famille. Je soupire et fini par m'excuser.

« Désolé … Je suis désolé de tout le temps te crier dessus en ce moment. C'est juste que … j'aimerais être aussi fort que vous.»

J'aimerais ne pas montrer mes faiblesses, ne pas craquer aussi souvent et être comme mes parents ou Adam qui reste dignes malgré la douleur, moi je suis un peu une mauviette. Je n'arrive pas à passer à autre chose, parce que Sacha était mon modèle et qu'il me mettait toujours sur le droit chemin. Aujourd'hui, sans lui je suis perdu.

***

C'est manifestement pas le meilleur jour. Will a passé une mauvaise matinée, et après sa nuit agitée, je doute pas vraiment qu'il soit un peu à bout. Il dit rien, mais je suis sûr qu'il en pense pas moins. Faut dire que le soupir qu'il laisse échapper montre clairement son agacement. Ben euh... pardon de m'inquiéter pour toi...

« Super ! Ça ne peut pas aller mieux. Qu'est-ce que vous avez tous avec cette putain de question ?! »

Je suis resté muet comme une carpe un instant parce que Will me parle rarement sur ce ton-là et que j'ai pas vraiment mérité ça. Ou alors va falloir qu'il m'explique. Au lieu de ça, il s'est levé pour aller chercher son paquet de clopes et je grimace mais garde pour moi la remarque concernant la compétition et le souffle dont il va avoir besoin. Pour l'instant, ce dont il a besoin, c'est de se calmer alors si ça doit passer par là...

Il s'est passé une main sur le visage et j'imagine bien que les restes de la nuit ne se sont pas complètement dissipés encore. Mais c'est auprès de Sven qu'il trouve du réconfort, comme toujours.

« Désolé… Je suis désolé de tout le temps te crier dessus en ce moment. C'est juste que… j'aimerais être aussi fort que vous.
- Qui ça nous ? »

Je suis venu m'asseoir près de lui, de l'autre côté de son chien que je grattouille à mon tour.

« Tom crie dans ses rêves toutes les nuits. Il fait genre la journée, mais il dort pas si je suis pas là. Maman pleure presque tous les soirs, et si Papa fait pas pareil, c'est juste parce qu'il pleure jamais tout court, mais ça veut pas dire qu'il craque pas à sa manière. Lui aussi il s'énerve contre tout le monde, particulièrement au boulot... Ils se sont engueulés avec maman hier parce qu'elle a peur qu'il ait des ennuis pro à cause de ça. »

Quant à moi, je sais pas trop où je suis censé me situer... Puis est-ce qu'il doit vraiment y avoir un barème de référence de résistance à la peine ?

« On est comme on est. Moi j'ai l'impression d'être quelqu'un d'insensible parce que j'ai pas pété un câble depuis qu'il est parti... Je suis même sûr que les grands-tantes ont jasé parce que je suis resté trop calme à l'enterrement. »

Je crois que c'est la première fois que je parle de ça. Faut croire que ça me travaille un peu plus que je veux bien l'admettre... Je passe pour le type qu'en a rien à foutre. Sauf que c'est pas du tout le cas, bien au contraire. À moi aussi, il me manque, terriblement. La seule chose, je crois, qui aurait été pire que son départ, pour moi, ça aurait été que ce soit Will qui parte à sa place. Évidemment, j'aurais préféré garder mes trois frères, mais c'est pas comme si j'avais le choix...

***

Je m'en veux déjà de lui avoir crié dessus. Ce n'est pas de sa faute s'il sait mieux gérer la pression. Il n'y est pour rien dans toute cette histoire. Il fait de son mieux pour tout le monde et c'est ce que je devrais faire, c'est moi le grand frère après tout. Je suis assis devant près de al piscine devant la vitre de la verrière qui donne vu sur notre immense jardin. Je continue de fumer en sachant que c'est très mauvais pour ma santé et que c'est aussi peu recommandé quand on est sportif, mais je ne fume pas aussi souvent que ça, seulement quand je me sens stressé ou que j'en ai vraiment envie et aujourd'hui c'est les deux. On attends tellement tant de moi, je ne sais pas si je serais à la hauteur. Je me suis évidement excusé. Je n'ai jamais été méchant, je suis plutôt le genre de garçon sensible que l'on plaque justement parce que je suis trop gentil, pas parce qu'il fait des bêtises ou qu'il est trop compliqué. J'essaie de rester simple, de ne pas me prendre la tête, mais en ce moment je ne peux tout simplement pas. Il est venu s’asseoir à côté de moi et je suis toujours surpris par cette admiration qu'il semble avoir pour moi. Je ne comprends vraiment pas. Je le regarde étonné qu'il m'avoue que c'est seulement une façade. Comment est-ce qu'ils font pour garder la tête haute et garde tout ça pour eux? Pourquoi est-ce qu'ils ne veulent pas en parler?

« Pourquoi alors vous ne voulez pas en parler? Pourquoi est-e que je n'ai jamais vu tout ça?»

Je suis un mauvais frère? Un mauvais fils? Je commence sérieusement à me poser la question. J'ai l'impression de tout faire de travers. Je le regarde et suis encore plus surpris qu'il puisse penser être insensible. J'écrase ma cigarette dans le cendrier. Fumer ne m'aidera pas vraiment a aller mieux.

« Ce n'est pas parce que tu n'a pas encore craquer que ça veut dire que tu es insensible. On a chacun sa propre façon de montrer que l'on est touché, ou de ne pas le montrer. Je n'ai rien vu pour vous, alors que vous souffrez aussi. Je ne sais pas pourquoi mais quelque part ça me rassure de savoir que je ne suis pas le seul. Je n'avais pas envie qu'on l'oublie et c'est pour ça que je suis parfois en colère contre tout.»

Il nous faudrait parfois un manuel d'éducation, ou un manuel de maîtrise de la peine, ou je ne sais quel autre stupide bouquin pour aller mieux. L'idéal est peut-être juste d'en parler en fin de compte.

***

On se retrouve tous les deux, son chien entre nous, devant la piscine de la villa à discuter de ce sujet qu'on aborde finalement sans doute trop peu. Je crois que Tom, les parents, et moi, on essaie de pas ajouter notre peine à celle des autres, avec plus ou moins de succès, mais est-ce que c'est si bien, finalement ? Est-ce qu'on devrait pas plutôt partager ça ? Après tout, on vit tous la même chose. J'essaie d'expliquer ça à mon frère, parce que je crois qu'il en a besoin et

« Pourquoi alors vous ne voulez pas en parler ? Pourquoi est-ce que je n'ai jamais vu tout ça ?
- Parce que tu souffres encore trop, non ? Je crois qu'on sait tous que les autres souffrent de sa disparition, et qu'on veut pas en rajouter une couche... Même avec Tom, alors que je suis près de lui tous les soirs, on n'en parle pas vraiment... Peut-être aussi que ça redonnerait une confirmation supplémentaire au fait qu'il est parti. Genre... Ca remuerait un peu trop le couteau dans la plaie... »

Je sais pas si c'est tout à fait ça, ni si je m'exprime vraiment bien. Je tente de répondre à ses questions, mais au fond, j'en sais trop rien, moi non plus j'ai pas vraiment de réponse. Encore moins vu que je réagis manifestement pas comme tout le monde.

« Ce n'est pas parce que tu n'as pas encore craqué que ça veut dire que tu es insensible. On a chacun sa propre façon de montrer que l'on est touché, ou de ne pas le montrer. Je n'ai rien vu pour vous, alors que vous souffrez aussi. Je ne sais pas pourquoi mais quelque part ça me rassure de savoir que je ne suis pas le seul. Je n'avais pas envie qu'on l'oublie et c'est pour ça que je suis parfois en colère contre tout.
- Tu sais... Je crois pas qu'on finisse jamais par vraiment l'oublier. On aura peut-être moins mal un jour, mais il sera toujours là. »

J'ai fermé le poing sur mon coeur, sur ces mots, et ça, j'y crois dur comme fer.

« Je lui parle souvent, tu sais ? Des fois, j'ai l'impression d'entendre sa voix et ce qu'il serait capable de me répondre. C'est dans ma tête, je sais bien, mais... »

Je hausse les épaules, pas très certain de la façon dont je pourrais terminer cette phrase sans vraiment passé pour un tordu. Manquerait plus que ça soit l'effet que je fasse à mon frère... Là pour le coup, je suis pas sûr que je pèterais pas les plombs. Si y a bien une personne dont je vénère l'avis et dont je redoute le rejet et le jugement, c'est bien celle qui se trouve à côté de moi à cet instant.

« Je crois que ça me fait du bien alors tant pis si ça fait genre je suis taré. Je crois pas qu'on m'ait trop grillé encore, alors bon... »

Peut-être que ça viendra un jour, et je sais pas comment je m'en sortirais alors, mais pour l'instant, en réalité, je m'en fous un peu. On fait comme on peut pour gérer le deuil, après tout...

***

On ne veut pas en rajouter une couche … C'est peut-être bien ça. Je ne sais plus vraiment ou j'en suis à vrai dire. Je voudrais souvent en parler, mais ça rendrait la chose tellement plus réelle. Je ne peux que le comprendre quand il me dit que ça remuerait trop le couteau dans la plaie. C'est évident, pourtant on devrait tous avoir tourné la page, mais c'est sans doute encore trop tôt. J'acquiesce et comprends que j'ai été égoïste. Je n'ai pas partagé ma douleur avec les proches qui me sont le plus proche, avec ma famille et on ne parle pas de ça finalement et ça me fait souffrir plus qu'autre chose. Je voudrais tellement qu'on en parle, qu'on se souvienne de lui, mais c'est peut-être encore trop tôt pour le moment. Je sais que je n'arriverais pas à aborder le sujet sans péter un plomb, sans leur demander de se taire parce que je ne veux pas y croire.

Adam essaie de me rassurer, de me dire qu'on ne l'oubliera jamais, oui c'est une évidence, mais il y a pourtant des choses qui s'en iront, son odeur, le son de sa voix, tout ça va s'oublier avec le temps et je n'ai pas envie de plus me souvenir de ces choses là, si insignifiante et pourtant tellement importante pour moi. J'écoute mon frère me dire qu'il lui parle souvent, qu'il a l'impression d'entendre sa voix parfois. J'ai la même impression, ça m'arrive parfois de l'attendre et de me rappeler qu'il ne franchira jamais la porte de ma chambre, qu'il ne viendra jamais plus me voir aux entraînements. L'autre jour encore je voulais lui dire que mon coach était content de moi et j'allais lui envoyer un message sur son téléphone pour me rappeler que ce ne serait sans doute pas lui qui recevrait le message et que son numéro a du être attribuer à quelqu'un d'autre. J'ai toujours son numéro dans mes contact et il y a encore beaucoup de souvenirs de lui que je n'arrive pas à jeter. Je ne peux juste pas les mettre à la poubelles simplement parce qu'il n'est plus là. Parler de lui fait toujours remonter les émotions que j'essaie de cacher à tout le monde. Je baisse la tête et essuie la larme qui coule sur ma joue. Je sais qu'il ne voudrait pas qu'on soit malheureux, que l'on ressasse le passé, mais c'est plus fort que moi et je m'en veux terriblement de ne pas avoir conduit cette fichue voiture. Ça n'aurait peut-être rien changé, mais je me sentirais peut-être moins coupable.

« Je supporte pas de parler de lui au passé. C'est encore trop récent, quoi qu'on puisse en dire et tu n'es pas taré, si quelqu'un t'a dis ça, je vais aller le trouver et lui faire sa fête. »

Je ne supporte pas non plus qu'on s'en prenne à ma famille et au gens que j'aime, ils n'ont qu'à bien se tenir. Je suis plus bagarreur qu'on pourrait le croire et même si je suis parfois trop gentil avec tout le monde et assez timide, je sais comment donner des coups.
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