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 AA ◇ All those beautiful boyz

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MessageSujet: AA ◇ All those beautiful boyz   Lun 31 Déc 2018 - 7:44

His greatest love was executed
The pure romance was undisputed
Angelic hoodlums and holy ones
Angelic hoodlums and holy ones

All those beautiful boys
Pimps and queens
and criminal queers
All those beautiful boys
Tattoos of ships
and tattoos of tears



cocorosie – beautiful boyz – andrew + alastair

Beautiful Boyz de Cocorosie

December 21th 2018

La secrétaire de son père lui avait envoyé les billets d’avion par courriel. Les moins chers, en classe économique, à partir de Gatwick, à une quarantaine de minutes de train de Londres. Alors qu’il aurait très bien pu débarquer à Heathrow. Il devait partir le 28 décembre. Le billet de retour était pour le 2 janvier, au matin. Une autre façon de son père de lui signifier que son courroux pesait encore sur ses épaules. Il devrait passer Noël seul, loin de ses amis. Et se tenir le dos bien droit, sans un mot de travers, lors de la réception que tenait son père, à chaque Nouvel An. Repartir le lendemain sans faire de vagues. Max, son ancien bassiste et meilleur ami, était au Manchester, avec sa famille. Il n’aurait même pas le temps de passer le voir, là-bas.

Alastair ferma l’application Mail de son téléphone et prit une bouffée de cigarette. Hello-Bloody-Kitty lui souriait toujours. Il avait eu la flemme de changer son écran, depuis le temps. Il s’en foutait, sérieux. Qu’aurait-il pu mettre d’autre, de toute façon? Il envoya la fumée valser avec les flocons, dans l’humidité de l’air. Les météorologues disaient que cette putain de neige n’allait pas rester, pour Noël. Tant mieux. Il jeta son mégot dans le caniveau et regarda d’un air morne l’enseigne au dessus de lui. Les lettres de l’enseigne du Star éclairaient par intermittence le trottoir. Ils avaient réparé le lampadaire, depuis.

Ça faisait quoi? Sept ou huit semaines, déjà? Il perdait la notion du temps. Il s’était dit qu’il n’y reviendrait plus, à ce fichu bar. Mais il était à nouveau devant, il fallait croire. Pourquoi? Il n’en savait rien. Il revoyait en boucle le polonais le repousser, comme ça. Je ne peux pas. Son cul, oui. Il sentait encore, presque deux mois plus tard, sa langue se laisser enlacer par la sienne. Je ne peux pas.

Alastair s’était efforcé de l’oublier, ce maudit slave. Au diable les mains froides qui le tripotaient sans cesse, dans sa tête. Le rejet lui avait fait mal. Assez pour laisser d’autres mains le toucher de nouveau. Pour se sentir désirable, aux yeux de quelqu’un. N’importe qui. N’importe quand.

Alors que faisait-il là, à nouveau, en face de ce bar miteux? Il n’en savait rien. La voix du type lui manquait. Ses hurlements rauques et sa façon de caresser son micro le faisait trop frémir pour ne pas revenir. Il avait essayé de ne pas revenir. Il avait essayé. Mais ça avait été plus fort que lui.

Il s’installerait dans le fond du bar jusqu’à la fin du show et décamperait ensuite. Ni vu, ni connu.

Avec une certaine nervosité, il mis la main vers la poche intérieure de son jeans moulant pour la énième fois. Le petit sachet de plastique était toujours là, bien au chaud. Alastair baissa la tête et inspira un grand coup pour chasser l’angoisse qui le tenaillait. Peut-être commençait-il à exagérer un peu. Ça faisait déjà trois ou quatre fois cette semaine. Entre la cocaïne, les nuits blanches à plancher sur ses études pour arriver parmis les premiers de sa promotion et le tourbillon de corps qu’il avait assouvi, au cours des dernières semaines, il avait l’impression de perdre un peu le nord. Mais c’était ça qu’il voulait, non? Oublier que tous ses repères s’effondraient. Se remplir de fluide pour combler le vide. Le vide de sens. Le vide de chaleur humaine, de vraies connexions. De partage. Et le silence. Pour combler le silence. Et se sentir invincible pour étouffer cette panique qui l’assaillait à chaque fois qu’une paire de mains inconnues le touchait. Est-ce que c’était ça, un cercle vicieux? Sans doute. Mais on s’en foutait. On s’en foutait complètement.

Le bar était plein à craquer. À quoi d’autre fallait-il s’attendre, le vendredi d’avant Noël? Les gens avaient déjà le cœur à la fête, il fallait croire. Alastair jeta un coup d’œil à la scène, au fond. Deux filles, déjà en état d’ébriété avancée dansaient dessus avec lascivité. Des mecs les encourageait à coup de sifflements obscènes. C'était Babylone, ici... Sans le groupe qui s'y était perdu à perpétuité. Non mais ils étaient où? Le jeune britannique fronça les sourcils et regarda sa montre. Presque 22h, déjà. Les musiciens ne devraient pas être sur scène à installer leur équipements et à tester leurs instruments? L’angoisse le submergea de nouveau.

« Comment ça, ils ne jouent pas ce soir?! »

La serveuse avait haussé les épaules et ramassé les verres vides qui jonchaient la table. Avec toute cette musique merdique et bon marché qui jouait trop fort, il n’avait pas vraiment entendu son explication. 50 minutes. Presqu’une heure de perdue pour …. Ça. Il regarda autour de lui d’un air dégoûté. Les gens se bousculaient, dansaient et buvaient sur une musique presque insoutenable. Son regard se fixa sur la porte des toilettes. Il glissa de nouveau la main vers le sachet en plastique.

Un verre d’abord. Juste un verre. Après, il se ferait discrètement un fix, dans les toilettes. Et après… On s’en foutait, du après.


Il fallait gueuler, pour se faire entendre et faire de grands signes pour attirer l’attention du staff. On ne voyait que des ombres et des silhouettes par intermittence. Les deux barmans étaient dos à lui l’ignoraient, trop occupés à servir d’autres clients. Le barman se retourna enfin dans sa direction. Et puis son regard tomba sur les tatouages du barman, à l’autre bout du bar. Ses yeux s’aggrandirent et sa bouche s’entrouvit. Alastair frémit.

Andrzej.

Il fallait décamper. MAINTENANT.

Des mains. Des mains froides s’étaient glissées sous son pull pour s’aggripper impudiquement sur ses hanches et un souffle chaud, lourdement alcoolisé, lui effleura l’oreille.

« NOEL!!!!!! Non mais dis donc… C’est une belle surprise ça… Je pensais justement à toi… Oh bordel que je pensais à toi et à ta jolie petite bouche... Tu prends quoi? Un scotch, c'est ça? La dernière fois, tu as pris tout plein de scotchs. C'est moi qui t'invite! HEY BARMAN!! Un scotch pour mon ami Noel!! »
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MessageSujet: Re: AA ◇ All those beautiful boyz   Lun 31 Déc 2018 - 7:45

2018 - Grudzień, 21.

Noël arrive et si l'appartement s'est paré de mille feux, le cœur du slave n'y est pas. Enfin pas totalement. Célébrer la naissance du Christ, évidemment qu'il s'y prépare, il ne saurait pas faire autrement. Mais fêter Noël sans les siens... Même l'an dernier, après le décès de sa femme, il est revenu auprès d'eux, pour retrouver la chaleur d'un foyer, partager la ferveur de son père à l'office, aider sa mère en cuisine, accompagner sa sœur en musique... Il avait apporté sa touche à la crèche et au sapin, bien qu'ils aient été mis en place bien avant son arrivée et il avait allumé la dernière bougie de la couronne avec Krysta. Cette année, c'est avec Mary qu'il s'était attaché aux préparatifs mais à l'évidence, la magie de Noël n'habitait pas complètement son cœur.

Parce qu'un certain anglais occupait ses pensées.
Il s'était écoulé presque deux mois, depuis qu'il avait fermé la porte de cet hôtel particulier luxueux derrière lui, après avoir tenté d'inviter le britannique à revenir au bar, sans grande conviction. Et combien de fois avait-il levé la tête à l'ouverture de la porte du bar en espérant croiser une paire de prunelles olive plutôt que les yeux inconnus de clients lambdas qui regardaient à travers lui presque sans le voir même ? Il a perdu le compte et les semaines ont tari ses espoirs.

Et l'approche des fêtes et sa solitude achève d'en anéantir les derniers vestiges. Il n'a même pas demandé à Mary ce qu'elle ferait, et les membres du groupe sont tous rentrés auprès des leurs. Ses projets à lui sont moins festifs. Il ira sans doute à la messe de minuit, dans Downtown, près de chez lui, et reviendra se perdre dans un bar ouvert sur le retour, pour oublier dans la wódka qu'il est seul. Si seul... Ils jouent chaque weekend, d'ordinaire, avec L.i.B, mais Noël constitue l'exception. Et la scène et leur musique lui manque cruellement.

Alors il bosse, fait même des heures supplémentaires pour remplacer ses collègues en congé et renflouer un peu son compte en banque malmené par les envois vers la Pologne. Il ne sera pas avec eux mais il ne peut pas faire l'impasse sur les présents pour Noël et chacun des membres survivants de sa famille doit avoir reçu le sien. Il espère seulement qu'ils les ouvriront réellement. Que Michal ne rejettera pas le sien par rancune. Il a eu tellement de mal à trouver cette première édition épuisée de son comics préféré !

Il bosse, ce soir comme les autres. Sert les verres qu'on lui demande, refuse poliment les avances des jeunes filles qui s'intéressent à lui, sort manu militari les mecs aux mains baladeuses inopportunes. Parfois trop volontiers peut-être. La moindre excuse pour en venir aux mains et il peine à ne pas défoncer la gueule du malotru outre mesure. Sa réaction doit rester proportionnée à l'affront, qu'on lui a appris, mais il use de tout son self control à chaque fois, ces derniers temps, et il sait bien que ça n'est pas anodin. Il sait bien ce que ça signifie.

Mais il n'a pas trouvé mieux pour évacuer cette putain de frustration. Celle qui le tenaille depuis deux mois et presque pire encore depuis qu'il a rencontré ce prêtre à la vision bien plus progressiste que tout ce qu'il a jamais connu. Il est loin d'avoir fait la paix avec lui-même et sa foi, mais l'acceptation semble possible et ça change tout. Ça lui donne aussi le sentiment poisseux d'avoir foiré dans les grandes largeurs. Et le feuillet avec son portrait et cette ligne de musique, plié et déplié des dizaines, des centaines de fois peut-être, réside toujours dans son portefeuille. Il ne leur a même pas parlé du piano, après la débandade, aux autres. Comme si évoquer la suggestion du Lord - whatever - sans sa présence représentait la pire des trahisons. Il a rassuré Nick, inquiet après l'avoir vu déguerpir en vitesse ce soir-là, et ça en est resté là.

Jusqu'à ce soir.
Le vendredi avant Noël.
Le bar est bondé et l'ambiance électrique. Sulfureuse. Et le polonais s'y sent mal à l'aise. Il n'a pas trop le temps de s'attarder sur la lascivité des filles sur scène cependant : les clients vont et viennent jusqu'à lui à un rythme effréné et il n'a pas une seconde à lui. C'est sans doute mieux ainsi.

Le barman se fige pourtant soudain, le verre de bière qu'il est en train de servir à la main.

Alastair.
Et un gars accroché à lui, agrippé à ses hanches, les lèvres tout près de son oreille.

Un instant, le slave se voit presque passer par-dessus le bar, empoigner l'autre par le col et le jeter hors du bar, mais il n'a aucune raison légitime de le faire. Aucune, en dehors de la jalousie qui ronge son cœur, envenimée par les mots enivrés de l'autre.

« NOEL!!!!!! Non mais dis donc… C’est une belle surprise ça… Je pensais justement à toi… Oh bordel que je pensais à toi et à ta jolie petite bouche... Tu prends quoi? Un scotch, c'est ça? La dernière fois, tu as pris tout plein de scotchs. C'est moi qui t'invite! HEY BARMAN!! Un scotch pour mon ami Noel!! »

La bière a trouvé le client qui l'avait commandée presque d'elle-même, la monnaie le tiroir caisse, mécaniquement, et Andy est passé devant son collègue, un peu trop vivement, servir ce putain de scotch.

Sa jolie petite bouche.
La dernière fois, il a pris tout plein de scotchs.

« Joli prénom, Noel. Et de circonstance. Un scotch, donc. Et pour toi ? »

Son regard gelé passe du brun au type encore agrippé à lui. Dieu qu'il a envie de le forcer à retirer ses mains de là ! Il se contente de tendre le verre, et d'attendre réponse et règlement. Les mots pourraient être chaleureux, prononcés d'une autre manière, pourtant. Courtois même, seulement, s'il y mettait juste un peu les formes. Mais c'est le froid d'un hiver silésien qui teinte son discours et ses prunelles de glace.
Et tant pis s'il n'en a aucun droit.
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MessageSujet: Re: AA ◇ All those beautiful boyz   Lun 31 Déc 2018 - 7:45

C’était comme dans un mauvais film. Tout était saturé et au ralenti. Les projecteurs avec leurs rayons rougeâtres et violettes, les corps effrénés qui se frôlaient, sur la piste de danse, la musique tonitruante, le brouahaha grondant et inintelligible autour de lui. Tout était surchargé de sensations trop fortes qui l’agressait jusque dansa chair. Il pouvait presque sentir le tintement des verres, sur le comptoir. Les mains gelées sur sa peau frémissante. Et les lèvres dans son cou. Le britannique sentit ses tripes se tordre de révulsion. Il aurait voulu hurler et hurler comme un enfant sauvage jusqu’à ce que quelqu’un de sensé éteigne les putains de lumières et cette putain de musique à la con. Hurler comme un damné jusqu’à ce que le mec enlève ses mains poisseuses et dégage, une bonne fois pour toute. Et courir de mettre en boule dans la cabine des toilettes jusqu’à ce que quelqu’un appelle les flics. Ou l’hôpital psychiatrique.

Mais le polonais était là, avec son verre de scotch à la main. Et l’autre souriait au barman comme un débile, les mains toujours agrippées à lui. Comme s’ils se connaissaient. Comme s’ils se fréquentaient. Comme si ce genre de démonstration était normale. Affectueuse. Consentante. Comme si il y avait autre chose qu’un acte obscène, dans un endroit anonyme.

Il n’y avait plus rien de normal. Plus rien. Il s’était fourvoyé, comme un con. Il s’était attaché à une chimère, à l’autre bout d’un bar. Et pendant une heure, il avait vraiment cru pouvoir se retrouver. Retrouver ce corps qu’on lui avait arraché, un soir à Rome. Retrouver juste un peu de paix, blotti dans ces magnifiques bras tatoués. Se connecter à quelqu’un enfin, qui comprendrait un peu ses blessures, sans avoir à en parler. Et le polonais l’avait rejeté. Je ne peux pas. Comme si tout ce qu’il représentait était sale et dégueulasse. Dégradant. Bestial.

Et il avait passé les deux derniers mois à donner raison au slave.

Où avait-il rencontré ce mec? Il s’en souvenait à peine. Comme si ça faisait un siècle alors que c’était le jeudi d’avant. Un truc du genre. Il n’avait réussi à s’éclipser de son stage que tard en soirée. Il s’était écrasé dans le bar d’un hôtel au plein cœur de Manhattan. Le type l’avait abordé, avec un accent slave à couper au couteau. Il s’était amusé toute la soirée à prononcer «Noel» à la française, avec toutes les blagues grivoises qu’on pouvait faire avec un tel prénom et Santa Claus. Alastair lui avait fait une fellation dans l’ascenseur en panne parce que c’était trop long d’accéder à cette putain de chambre d’hôtel. De toute façon, avec tout l’alcool qu’ils avaient bu, il n’y avait pas grand chose d’autre à faire.

Ou était-ce le type d’avant? Il ne savait plus trop. Il ne savait même pas son prénom.

Était-ce du mépris qu’il voyait, dans ces yeux de glace? De la condescendance, dans cette phrase toute bête? Un joli prénom de circonstance. S’il savait, le polonais… Il s’était trop dévoilé, bêtement, à un pur inconnu. Un pur inconnu qui le regardait avec dégoût maintenant, de l’autre côté du bar. Ouais, s’il savait que tout ça n’avait rien de joli, au fond… Rien de joli du tout. Du grincement de lit qui annonçait le conte macabre que son père allait lui raconter alors qu’il était gamin aux foutues baises insignifiantes, dans les chiottes, rien n’était joli. Ni de circonstance. Il n’y avait pas grand chose de festif à faire des pipes à des mecs dans des recoins glauques, pour tenter de ne se faire ronger par son mal intérieur. Alastair se sentit las. Las et détruit. Il renifla avec mépris et prit son verre, en haussant les épaules.

« Quand on sait parler français, chéri.* Mais commence déjà par essayer de parler correctement anglais, ce sera déjà un bon début. »

Son sourire s’élargit pour devenir venimeux. Il bu l’alcool d’un trait avant de retourner vers l’ivrogne, qui gloussait comme un imbécile de sa boutade. Non, il n’y avait plus rien de joli, à présent. Il tenta subtilement de se dégager de ces mains envahissantes qui déjà, tentait de s’infiltrer sous son caleçon et fit un clin d’œil racoleur, au mec.

« Je te laisse commander. Un autre scotch pour moi, okay? Tu n’as pas une table là, au fond où on pourrait être tranquille? Je vais pisser. Je te rejoins dans deux minutes. »

Il lança un dernier regard rempli d’amertume au slave et fourra les mains dans ses poches. Là, il pouvait sentir le sachet de poudre. Il se passa la main sous le nez et se dirigea vers les toilettes d’un pas décidé.

Une ligne. Juste une ligne. Après, il fouterait le camp.


* En français dans le texte.
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MessageSujet: Re: AA ◇ All those beautiful boyz   Lun 31 Déc 2018 - 7:45

Malaise.
Jalousie.
Rancoeur.

Un cocktail détonnant que le polonais n'est pas vraiment habitué à servir. Et ça n'est pas dans ses habitudes, non plus, que de laisser parler autant de sentiments négatifs. Tout passe d'ordinaire. Tout passe, mais il n'a jamais vraiment eu l'occasion d'être jaloux, au fond. Et manifestement, l'Envie est un péché auquel il ne parvient pas à ne pas céder. Ca n'avait pas lieu d'être avec Grazyna, leur relation n'ayant étrangement jamais provoqué ça, malgré la frustration de la jeune femme quant à sa décision de ne rien faire avant le mariage. Ca ne l'a jamais effleuré avec Evangeline, tant ils étaient sur la même longueur d'onde, tant tout avait toujours été naturel. Jamais il n'a douté de ce qui pouvait se passer entre elle et les autres soldats ou qui que ce soit d'autre.

Mais à cet instant, de doute, il n'y en a pas vraiment à avoir. L'anglais partage la rancoeur, à l'évidence, comme il lui répond par une pique venimeuse, moquant son accent. Et son inculture, aussi.

« Quand on sait parler français, chéri.* Mais commence déjà par essayer de parler correctement anglais, ce sera déjà un bon début.
- Il semble que l'accent slave ne soit pas trop pour te déplaire, pourtant. But don't test a christian about the meaning of 'Noel'. Speaking french or not. »

L'autre rit, il suppose que c'est au sarcasme d'Alastair, de toute façon, il n'est que ce petit barman de l'autre côté du comptoir, le type qui n'est bon qu'à servir les bières ou les cocktails, et qu'on oublie dans la seconde, à moins qu'on ne cherche à se le taper - et qu'on l'oublie, il suppose, cinq minutes après les ébats en question. Le polonais voit bien comme l'inconnu colle l'étudiant, laisse couler ses mains libidineuses sur son corps, avide. Il fronce les sourcils, se demandant si c'est bien un geste de recul de la part du britannique, mais la colère l'aveugle peut-être un peu trop, et il n'intervient pas. Qui est-il, pour l'empêcher d'aller baiser le premier venu, après tout, hein ? Et à combien d'autres a-t-il donné ce prénom de Noel, avant d'aller laisser les corps parler, quelques minutes ou une heure, Dieu seul savait où ?

« Je te laisse commander. Un autre scotch pour moi, okay? Tu n’as pas une table là, au fond où on pourrait être tranquille? Je vais pisser. Je te rejoins dans deux minutes. »

Un regard aussi pétrifiant que le sien. Amer. Avant qu'il ne se détache et ne se dirige vers les toilettes. Le sang d'Andy ne fait qu'un tour, et contre toute raison, il plante l'autre gars à l'accent aussi hachuré que le sien comme il s'apprêtait sans doute à passer commande, traverse l'autre côté du comptoir pour débouler à son tour dans les commodités réservées aux hommes, après avoir fait signe à son collègue qu'il s'absentait. Il devrait rester à son poste, il le sait bien. Il y a foule au bar ce soir, sous l'ombre lascive des filles sur scène. La bile remonte au fond de sa gorge, et son coeur bat la chamade. Que va-t-il faire, là-bas, hein ? Il n'en a aucune idée, pourtant il suit le brun, presque au pas de course, et ouvre sans doute un peu trop vivement la porte.

Mais il n'avance guère plus quand le battant se referme derrière lui, dévisage l'autre pendant une seconde, ou dix peut-être, appuyé contre le carrelage froid de ces lieux exigus, à quelques dizaines de centimètres du pianiste.

« Ta jolie petite bouche... » répète-t-il sur un ton sans équivoque. « J'aurais cru que tu userais plutôt de ces mains virtuoses. »

Rancoeur. Dans le ton de sa voix, dans le choix des mots, la comparaison portée sur ce qui, il le sait, lui tient le plus à coeur.
Jalousie. Parce que l'autre l'a touché, alors qu'il a laissé passer sa chance, ça aussi il le sait.
La colère reflue, comme une vague quittant la plage, quelques instants seulement avant de revenir frapper le sable de plus belle. Et ses prunelles claires ne se détournent plus une seconde du visage du musicien face à lui.
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MessageSujet: Re: AA ◇ All those beautiful boyz   Lun 31 Déc 2018 - 7:46

« But don't test a christian about the meaning of 'Noel'. Speaking french or not. »

La remarque lui soutira un reniflement de mépris. Alastair se frotta le nez avec grossièreté et jeta un regard noir au barman. Le type à côté de lui se mit à rire, en enfonçant davantage ses mains là où il ne le fallait pas. Il ferma les yeux et fit une grimace de révulsion sans même s’en rendre compte. Se rendait-il compte, l’imbécile, qu’il l’insultait aussi? Les dents serrées, les ongles enfoncés dans les paumes, son sourire s’élargit davantage. Il tendit la main d’un geste totalement pédant vers les deux filles qui occupait la scène et se trémoussaient ensemble, à la place des L.i.B. Pourquoi ne chantait-il pas sur scène, à la place, hein??

« Parce que tu trouve ça super chrétien, toi? Je te signales qu’ils sont en train de fêter Noël elles aussi. À leur manière. Et que t’es en train d’y participer. »

Le britannique ricana, avant de reprendre, avec tout le venin dont il était capable.

« Il n’y a pas grand chose de chrétien dans toute cette parade commerciale. Et il n’y a jamais eu grand chose de purement chrétien, comme tu dis, dans Noël. Que des putains d’emprunts aux méchants-méchants païens et d’interdits sordides pour mieux contrôler tout le monde. Bref, un beau paquet de foutaises. Commence par l’anglais, je te dis. Tu verras ensuite pour l’histoire et la théologie, hein. Now, if you will excuse me, gentlemen… J’ai vraiment besoin d’aller aux chiottes. »

Il se dégagea tant bien que mal des mains froides du mec, en essayant de garder un sourire enjoleur sur les lèvres. Il avait envie de vomir vraiment. Peut-être se dirigeait-t-il trop vite vers les toilettes? Il ne savait plus. Il s’en foutait.

Il enfonça la porte de la salle de bains pour hommes et choisit la dernière cabine au fond. La porte fermait mal mais ça irait non? Qui voulait déranger un mec en train de chier? Il se passa la main sur le visage et accota son front brûlant sur la froideur de la céramique. C’était une soirée de merde. Juste une soirée de merde. Il ne suffirait de d’une ligne pour remédier à ça. Juste une ligne. Après, il irait danser, tiens. Au Club Cummings*, ou un truc du genre. Au diable, le polonais, au diable le polonais, au diable…

Il commençait à perdre un peu la boule. Les anicroches s’accumulaient de ça et là. Le black-out complet avec cette fille, rencontrée à la fin des cours. Les mecs qui s’enlignaient sans cesse, depuis octobre. Cette gonzesse qui l’avait traité de psychopathe et de menteur, comme ça, alors qu’il ne l’avait jamais vu de sa vie, sur le quai de la ligne 2. Et la coke. La putain de coke qu’il avait enligné toute la semaine, pour plancher sur les dissertations, pour oublier ces putains de mains froides, sur tout son corps, pour mieux baiser… Pour se invulnérable… pour…

Ses mains tremblaient un peu trop. L’émotion. Les nerfs. Il n’arrivait presque pas ouvrir le putain de sachet. Il dut mettre ses mains sur le rebord du réservoir pour reprendre son souffle. Une étape à la fois, bordel. Étaler la poudre sur le couvercle. Sortir la carte de credit. L’aligner avec précaution. Rouler le billet de un dollar. Après, tout irait beaucoup, beaucoup mieux… tout…

« Ta jolie petite bouche... J'aurais cru que tu userais plutôt de ces mains virtuoses. »

Le billet vert lui fila entre les mains pour rouler de l’autre côté du battant de la cabine. Alastair se redressa et resta un bon moment à fixer le graffiti obscène, en face de lui. Ces mains virtuoses… La colère, acide et purulente déforma ses traits et il donna un coup de poing sur le mur en face de lui. La musique. Son piano lui manquait atrocement. La scène lui manquait. L’ivoire sous ses doigts, la vibration dans sa gorge. Ce sentiment d’invulnérabilité et de triomphe devant la foule… Même la coke ne lui apportait pas ce bien-être. Il jeta un regard exécré au dollar, en dessous de la porte et l'ouvrit avec brutalité pour faire face au polonais, avec un air fielleux. Il s’accota sur le chambranle de la cabine de toilettes, avec le même air détaché que l’adversaire qui l’avait suivi jusqu’ici pour le regarder de haut en bas, dans la lumière crue. Cette belle machoire mal rasée, ces tourbillon d’encre que la colère faisait bouger, sur les avant-bras, ces yeux de glace rivés sur lui. Il avait presque l’impression que le mec pouvait voir en lui. Il détourna la tête, de peur qu’il ne voit son trouble et se fourra les mains dans les poches pour cacher leur tremblement.

« Non, mais qu’est-ce que t’en a à foutre de moi ou de ma musique ? Peut-être que j’excelle aussi au pipeau, hein ? Si tu entendais tous les sons rauques et les supplications divines qui montent vers les cieux que j’arrive à en faire sortir, à la gloire de tous les saints, et... et à la magie de la naissance du Christ, Andy… Oh, Andy, Andy, Andy… Si tu entendais tout ça… Oh, mais non, c’est vrai. Tu ne peux pas. Ton ami imaginaire ne veut pas. Pire encore, il t’ordonne de te mêler de ce qui ne te regarde pas. Il faudrait qu’on soit tous comme toi et ennuyant. Obéissant envers ton petit ami invisible. Je ne sais pas, vieux, mais moi, quand j’ai interdit à ma mère de s’asseoir à côté de moi, parce que mon ami Noel, tu vois, était assis là, quand j’avais 8 ans, ils m’ont envoyé chez le psy. Je dis ça comme ça, c’est toi qui voit. »

Il lança un regard noir à l’autre et se pencha lentement pour ramasser son billet, comme si de rien n'était. Comme si ce qu'il disait à l'autre était parfaitement innocent. Comme si personne n'avait entendu ce son à la con. Son jeans venait de craquer. Il rougit et se mit à trembler de plus belle.

C'était vraiment une soirée de merde.

Il tira sur sa chemise et élargi son sourire venimeux, pour cacher sa honte et son désespoir.

Une ligne. Il ne lui fallait qu'une ligne. Après, il aurait son manteau sur le dos. Juste après. Après... après tout ça.

« Pourquoi tu me suis jusque dans les chiottes, hein? Qu’est-ce que tu veux là? Qu’est-ce que tu veux vraiment, Andrzej? Me regarder chier tant qu’à y être? C’est ça, ton truc? On ne me l’avait pas encore fait, celle-là. Ye naughty, naughty wee lad. Ye gonnae receive coal for Christmas. Allez, retournes parler à ton putain de pote invisible, ok? »
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MessageSujet: Re: AA ◇ All those beautiful boyz   Lun 31 Déc 2018 - 7:47

Le mépris. Le dédain. Après l'autre soir et la communion entre eux, c'est tout ce qu'il reçoit ce soir. Et il ne peut pas nier qu'il en est déçu. Mais à quoi s'attendait-il, hein, après avoir repoussé l'autre deux mois auparavant ? Le mépris, et la médisance sur sa foi, sur ce qu'il fait là, aussi. Quand Alastair désigne la scène d'un air supérieur Andy sait d'avance qu'il va en prendre pour son grade. Et il n'est pas sûr d'avoir grand chose à répondre, parce qu'il ne cautionne pas ce qu'il s'y passe, il ne peut pas le nier. Pas le fait qu'il s'agisse de deux femmes, ça il s'en contrefout, et il serait assez mal placé pour la ramener, mais la façon dont elles se trémoussent, lascives, ne correspond définitivement pas à ses valeurs. Et c'est exactement le genre de choses qu'il redoutait en embauchant ici.

« Parce que tu trouves ça super chrétien, toi ? Je te signale qu’elles sont en train de fêter Noël elles aussi. À leur manière. Et que t’es en train d’y participer. »

Il encaisse difficilement : jusqu'alors, il s'était rassuré en se disant qu'il n'était pas décisionnaire, seulement spectateur impuissant, mais il ne peut qu'admettre que l'anglais a raison lorsqu'il lui renvoie en pleine face sa participation passive à la débauche sur scène.

« Il n’y a pas grand chose de chrétien dans toute cette parade commerciale. Et il n’y a jamais eu grand chose de purement chrétien, comme tu dis, dans Noël. Que des putains d’emprunts aux méchants-méchants païens et d’interdits sordides pour mieux contrôler tout le monde. Bref, un beau paquet de foutaises. Commence par l’anglais, je te dis. Tu verras ensuite pour l’histoire et la théologie, hein. Now, if you will excuse me, gentlemen… J’ai vraiment besoin d’aller aux chiottes. »

Parade commerciale. Interdits sordides. Foutaises. Il serre les dents, le slave, ravale sa rancoeur, espérant ainsi ne pas laisser les mots dépasser sa pensée. Mais il n'en pense pas moins. Il sait bien que sa religion a emprunté beaucoup aux rites anciens. Qu'une part de la Bible, écrite par les hommes, a plus visée à donner des règles aux peuples anciens qu'à réellement laisser entendre la voix de Dieu. Ca ne l'empêche pas de croire dur comme fer à Ses Commandements, et en ces valeurs qui lui ont été inculquées toute sa vie durant. Et qu'y a-t-il de mal à ça, en réalité, hein ?

La frustration lui fait serrer les poings plus fort encore. Et quand l'autre gagne les toilettes, il sait qu'il ne peut pas en rester là. Il sait que ça n'ira pas sans heurt, il n'est de toute façon plus en état d'arrondir les angles. Sans doute que la solitude qu'il ressent en cette période de l'année joue aussi sur son manque de patience. Sans doute que la frustration d'être si loin des siens n'aide en rien. Sans doute que ce sentiment poisseux d'avoir foiré toutes ses relations en rajoute à la rancoeur qu'il ressent. Sa famille ne lui a pas parlé depuis plus d'un an - et peut-être qu'il se sent coupable, lui aussi, de ne pas avoir fait le premier pas autrement que par ces paquets envoyés à l'autre bout du monde - et il n'arrive pas à le supporter, quoi qu'il n'en parle pas. Alors c'est contre le britannique et ses mots venimeux qu'il laisse sortir sa propre Colère, évoque à dessein le sujet qu'il sait sensible. Il s'en voudra à l'évidence plus tard pour ça. Et demandera pardon à son Dieu que l'autre descend en flèche, à défaut de pouvoir présenter des excuses au brun qui, certainement, ne lui adressera plus la parole.

Un billet vert roule vers lui, un coup est donné dans un mur, avant que le visage courroucé de l'étudiant n'apparaisse dans son champ de vision, la porte de la cabine claquant derrière lui.

« Non, mais qu’est-ce que t’en as à foutre de moi ou de ma musique ?»

Si tu savais... qu'il meurt d'envie de lui répondre, mais il n'en a guère le temps. Le fiel de l'autre s'écoule de sa bouche et il encaisse les piques acérées, les phalanges crispées.

« Peut-être que j’excelle aussi au pipeau, hein ? Si tu entendais tous les sons rauques et les supplications divines qui montent vers les cieux que j’arrive à en faire sortir, à la gloire de tous les saints, et...
- Ne dis pas ça... »

Le blasphème le heurte et il sent bien qu'il est loin d'en avoir terminé. Sa mâchoire serrée, ses phalanges blanches de crispation, et son regard à la fois rageur et peiné fixé sur Alastair ne tarissent en rien le flot d'ignominies à l'encontre de son Dieu et de sa Foi et ces mots tournent en boucle dans sa tête. Ne dis pas ça...

« ...et à la magie de la naissance du Christ, Andy… Oh, Andy, Andy, Andy… Si tu entendais tout ça… Oh, mais non, c’est vrai. Tu ne peux pas. Ton ami imaginaire ne veut pas. Pire encore, il t’ordonne de te mêler de ce qui ne te regarde pas. Il faudrait qu’on soit tous comme toi et ennuyant. Obéissant envers ton petit ami invisible. Je ne sais pas, vieux, mais moi, quand j’ai interdit à ma mère de s’asseoir à côté de moi, parce que mon ami Noel, tu vois, était assis là, quand j’avais 8 ans, ils m’ont envoyé chez le psy. Je dis ça comme ça, c’est toi qui voit.
- Tais-toi... »

Il ne le sait sans doute pas, l'anglais, mais il touche un autre point sensible en évoquant ce psy qu'il a, lui, sans doute réellement été voir à huit ans. Celui que le polonais n'a pas consulté, malgré les conseils de l'armée. Celui qui l'aiderait, peut-être, à gérer son deuil et sa colère, s'il lui laissait l'occasion de le faire... Et la suite est pire encore et achève d'user le peu de patience et de self-control dont il pouvait faire preuve. Et quand Alastair se penche pour ramasser son billet, Andy est tellement aveuglé par la colère qu'il n'entend même pas le vêtement craquer. Il n'entend que la haine dans son discours, qui lui défonce le cœur à la masse.

« Pourquoi tu me suis jusque dans les chiottes, hein ? Qu’est-ce que tu veux là ? Qu’est-ce que tu veux vraiment, Andrzej ? Me regarder chier tant qu’à y être ? C’est ça, ton truc ? On ne me l’avait pas encore fait, celle-là. Ye naughty, naughty wee lad. Ye gonnae receive coal for Christmas. Allez, retournes parler à ton putain de pote invisible, ok ?
- PSIAKREW ! MAIS FERME-LA !... »

Ce n'est pas que sa voix enragée qui résonne dans les toilettes pour hommes, mais également son poing s'abattant violemment sur le montant de cette cabine, sur lequel l'autre est appuyé. Trois fois de suite. La douleur qui irradie dans ses phalanges ne se fraie même pas un passage jusqu'à son cerveau, pas encore en tout cas. Il n'y a que les prunelles olive face à lui, et toute la colère et la frustration de chacun d'eux. Son prénom, son vrai prénom, jeté avec tout le dédain possible. Toute cette haine pour cette fête qu'il vénère depuis toujours. Et la douleur du rejet et la déception de ces retrouvailles foireuses. Mais à quoi il s'attendait, hein ? Qu'est-ce qu'il voulait vraiment ? Il le sait bien, au fond, le slave. Il ne l'a accepté que trop tard, ça aussi il le sait. Et ce sentiment collant d'avoir loupé sa chance ne le quitte pas. La colère, finalement, contre qui est-elle dirigée ? La réponse, il la connaît parfaitement, en réalité, quoi qu'il ne la dise pas à voix haute. Parce que sinon, pourquoi son poing n'aurait-il pas trouvé le visage de l'autre, hein ?

« Ce que je veux... » souffle-t-il, retenant presque sa respiration l'instant d'après.

Son visage tout près de celui de l'autre, son regard glacé plongé dans le sien, il hésite une demi-seconde. Et puis il finit par vider son sac. De toute façon, au point où il en est, il n'a plus grand chose à perdre. Alastair lui en veut, il l'a bien compris, et des mots qu'il prend en pleine face depuis tout à l'heure, il a le sentiment qu'il le hait plus que n'importe qui d'autre. Plus que l'autre qui lui imposait ses mains avides cinq minutes auparavant. Plus que cet appart' dont il déteste pourtant tout... sauf Bowie.

« Ce que je veux... » répète-t-il dans un murmure, avant de baisser le regard, comme s'il réfléchissait à la question. « Et si je m'étais planté ? Si Dieu était Amour, et qu'il se foutait éperdument de savoir s'il y avait une femme ou un homme dans ma vie ? »

Une seconde de silence, et il a relevé presque timidement le regard, pour chercher, encore, malgré tout, le regard vert de l'anglais.

« Ce que je veux... » Un nouveau soupir désabusé lui échappe. « Toi. Mais ça n'a plus vraiment d'importance, n'est-ce pas ? »

C'est ce dont il a réussi à se persuader. Il a loupé le coche, s'est attiré la haine de l'autre, sans pardon possible visiblement. En tout cas le croit-il. Et ses phalanges se rappellent à lui, et il grimace, retire son poing endolori. Il ne jouera pas tout de suite, à l'évidence. Mais quelle importance, là encore ? Les autres ne sont pas là, de toute façon...
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MessageSujet: Re: AA ◇ All those beautiful boyz   Lun 31 Déc 2018 - 7:48

Combien de fois sa mère lui avait-elle reproché de s’amuser à pousser tout le monde à bout ? Combien de fois, hein? Comme s’il y avait quoi que ce soit d’amusant à perdre les gens auxquels on tenait. Mais c’était plus fort que lui. Il fallait qu’il teste. Toujours.

Parce qu’il valait mieux pousser à bout les gens et décider soi-même si les gens restaient ou non que d’être abandonné alors qu’on ne s’y attendait pas, non?

Non?

Alastair ferma les yeux et se reposa mentalement la question lorsque le poing du slave vint frapper pour la deuxième fois la chambranle de la porte, à un centimètre à peine de son visage. Qu’est-ce qui serait le plus terrible? Être rejeté par celui qu’il aurait vraiment aimé avoir dans ses bras ou se présenter devant son père, à la réception du Nouvel An avec le nez cassé ?
Il n’en savait trop rien. Il re-ouvrit les yeux et les riva dans ceux du slave, alors le poing venait s’abattre pour la troisième fois près de son visage.

Alastair baissa les yeux vers les phalanges meurtries. Les mots, rauques et épars qui lui disaient de se taire lui semblaient irréels. Bordel, tout était irréel, ce soir. Même le putain de courant d’air sur ses fesses lui semblait tout droit sorti d’un cauchemar.

Mais qu’est-ce que tu veux, bordel, Andrzej, qu’est-ce que tu veux?

Il se souvenait encore du chapelet, accroché au rétroviseur comme un porte-bonheur, qui oscillait à chaque fois que la vieille caisse tournait, sur les boulevards de New-York. Il savait, non, que c’était important pour lui? Le type s’accrochait à sa religion et à ses valeurs comme une bouée de sauvetage. Alastair n’était pas sûr de comprendre, non. Mais il n’avait jamais été aussi agressif à ce sujet. On s’en foutait, si le type priait Allah, Jéhovah ou Buddha. On s’en foutait. Ça le regardait lui et personne d’autre… mais ce n’était pas ça le problème… Mais c’était quoi, le foutu problème?

Alastair se tourna vers la chambranle, juste à côté de lui. L’impact avait été si fort que le bois avait cassé, juste au dessus de la serrure. La porte de cette putain de toilette ne se refermerait définitivement plus, maintenant.

Ça aurait pû être ta gueule. Ça auraît dû l’être.

Son regard tomba sur les jointures du mecs, ensanglantées et meurties. Son cœur se serra un peu. Ça devait faire mal. Très mal. Pourrait-il jouer bientôt? Sans doute pas pour les prochains jours. Il ne pouvait imaginer Andrzej sans sa guitare. Il soupira et s’accotta le front contre le bois brisé, en fermant les yeux. Il était incapable d’en voir davantage.

Tout ça était de sa faute.

« Fais gaffe à tes mains, veux-tu, Andrzej? Comment tu vas faire pour jouer, hein? J’étais venu pour te voir jouer. Pour t’entendre chanter. Pourquoi t’es pas sur scène là, en train de chanter, hein? Pourquoi? »

Il jeta un coup d’oeil derrière lui. La poudre était là, bien enlignée sur le réservoir crasseux de porcelaine. Et le slave restait là, devant lui, muet. Comme s’il y avait encore quelque chose à exprimer autrement que par ses poings. Qu’est-ce qu’il y avait d’autre à dire, hein? Ferme-la, avait-il dit. Ferme-la. Qu’attendait-il? Une nouvelle pique envenimée? Il allait de nouveau ouvrir la bouche lorsqu’Andrzej se mit à nouveau à parler de Dieu. Du baratin à propos de l’amour de Dieu, que le polonais soit avec un homme ou une femme. Alastair ré-ouvrit les yeux et le regarda d’un air morne, trop las pour même bouger.

« Parce que maintenant, ça a soudainement changé? Pourquoi? Pourquoi tu ne pouvais pas, hein? Pourquoi tu ne pouvais pas? Je suis si déguelasse que ça? Je sais pas vieux, je sais pas… Je ne suis pas ton Dieu, je ne suis pas ta femme, ni ta sœur, ni ton putain de sauveur… Tu fais ce que tu veux. J’ai déjà assez de gens omniprésents qui essaient de contrôler mes moindres faits et gestes sans que j’aie besoin d’une putain d’entité invisible de plus pour me juger… est-ce que tu me comprends? Est-ce que tu me comprends, Andrzej? Écoute… je veux juste cinq minutes tranquille… après… Après tu pourras me bousiller la tronche comme tu veux. Juste cinq minutes et… »

Alastair fronça les sourcils. Qu’est-ce que le polonais venait de dire, juste là?

« Moi? Mais que veux-tu de moi? »
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MessageSujet: Re: AA ◇ All those beautiful boyz   Lun 31 Déc 2018 - 7:48

Il a mal, le polonais. La douleur irradie de ses phalanges meurtries, remonte sa main, le long de son bras. Mais elle n'a rien de comparable avec celle qui vrille din coeur. La haine de l'autre le tue, il ne la supporte pas. Et à cet instant, il souhaiterait tellement s'isoler avec une bouteille de wódka et oublier que le reste du monde existe. Prier Dieu de lui pardonner ses excès. Et se promettre que ça n'arriverait plus. Encore une fois. Il doit retourner travailler cependant. Et la fin de sa nuit s'annonce particulièrement longue. A moins qu'il ne se fasse virer, et l'idée le terrifie. Comment il expliquerait aux gars qu'il fallait trouver un autre endroit ? Et comment il paierait son loyer et le reste de ses charges ? Il détourne le regard tout comme l'anglais qui s'appuie sur le montant délabré - il faudra sans doute qu'il en paie les réparations.

« Fais gaffe à tes mains, veux-tu, Andrzej? Comment tu vas faire pour jouer, hein?
- Qu'est ce que t'en as à foutre de moi ou de ma musique ? »

Sa voix se fait lasse, comme si toute son énergie avait fini par se tarir, déchargée dans ses poings cognant le bois.

« J’étais venu pour te voir jouer. Pour t’entendre chanter. Pourquoi t’es pas sur scène là, en train de chanter, hein? Pourquoi?
- Parce que les autres ont des familles qu'ils peuvent rejoindre pour Noël. »

Eux. Lui, la sienne est à l'autre bout de la terre... pour celle qui n'a pas rejoint le royaume des cieux. Lui, il ne jouera pas sans eux, et il ne retrouvera personne le soir du réveillon, ni le jour de Noël. Sa voix semble pleine de la plus profonde lassitude à nouveau, comme il répond, factuellement, aux questions que le britannique, en réalité, ne lui pose pas vraiment. Et plus encore quand il évoque sa Foi, et les réflexions internes que ce prêtre et sa tolérance ont amenées. Mon fils... la bible dit aussi qu'il faut lapider l'enfant désobéissant. Ca ne viendrait à l'idée de personne de suivre ça à la lettre, n'est-ce pas ? Les mots et la bienveillance de l'homme d'Eglise l'ont marqués. Et ses prières ont changé de maison de Dieu, au cours des dernières semaines. Mais comment expliquer ça à quelqu'un qui ne croit pas ? Comment mettre des mots sur toute la réflexion et les questionnements de ces dernières semaines ? Il s'en sait incapable comme l'étudiant lui assène ses interrogations qui sonnent comme autant de reproches.

« Parce que maintenant, ça a soudainement changé? Pourquoi? Pourquoi tu ne pouvais pas, hein? Pourquoi tu ne pouvais pas? Je suis si dégueulasse que ça? Je sais pas vieux, je sais pas… Je ne suis pas ton Dieu, je ne suis pas ta femme, ni ta sœur, ni ton putain de sauveur… Tu fais ce que tu veux. J’ai déjà assez de gens omniprésents qui essaient de contrôler mes moindres faits et gestes sans que j’aie besoin d’une putain d’entité invisible de plus pour me juger… est-ce que tu me comprends? Est-ce que tu me comprends, Andrzej? Écoute… je veux juste cinq minutes tranquille… après… Après tu pourras me bousiller la tronche comme tu veux. Juste cinq minutes et… »

Il est incapable de lui répondre. Pourtant il en aurait des choses à dire. Pour expliquer sa foi. Expliquer la lutte intérieure qu'il a dû entreprendre contre lui-même au cours de ces semaines. Évoquer le malaise et le dégoût de soi que son éducation ont induit, comme le désir de l'autre s'est avéré. Jusqu'à l'acceptation d'un représentant de Dieu dont il avait tellement besoin ! Qu'il ne veut en aucun cas qu'il remplace son Dieu, ses défuntes soeur et épouse, ni le Messie, encore moins qu'il souffre du regard de sa religion en plus de ce qu'il subit au quotidien - il n'a pas tout compris mais il a bien enregistré ça. Et qu'il n'a aucune envie de voir son visage abîmé, encore moins par sa faute. Qu'il n'a rien trouvé de si dégueulasse en lui pour l'heure, bien au contraire. Que sa maladie ou ses nuits de débauche n'érodent en rien son attirance. Celle qu'il a bridée, ce soir-là, emprisonnée au fond de lui, pour le repousser alors que tout son être ne demandait qu'à y céder.

« Moi? Mais que veux-tu de moi? »

Sa main valide a cherché la nuque de l'autre pour attirer son visage à lui, à la recherche d'un baiser qu'il hésite une demi-seconde à lui donner. De peur d'induire le dégoût qu'il a lu sur son visage lorsque l'autre a posé les mains sur lui. De peur d'être repoussé à son tour. Une demi-seconde où il cherche son regard et l'éclat rageur ou terrorisé qu'il craint d'y trouver. Une demi-seconde... et ses lèvres ont trouvé celles de l'autre, avec plus de douceur que ce geste imposé n'aurait pu laisser soupçonner.

« Je suis désolé de t'avoir repoussé l'autre soir... Et... et j'ai aucune envie de te bousiller la tronche. »

Sinon son poing aurait déjà détruit sa cloison nasale ou tuméfié sa pommette, sans doute.
Mais ce n'est pas le contact qu'il recherche chez l'anglais, à l'évidence.
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MessageSujet: Re: AA ◇ All those beautiful boyz   Dim 6 Jan 2019 - 14:09

« Parce que les autres ont des familles qu'ils peuvent rejoindre pour Noël. »

Alastair se mordit la lèvre et baissa la tête, pour éviter le regard du slave. À ses pieds, il pouvait voir les petits éclats de bois de la porte éparpillés sur le carrelage. Il aurait voulu lui répondre au polonais que lui et son groupe, ils jouaient quand il le fallait. Famille ou pas. Même le 21 décembre. Surtout un 21 décembre. Putain… Noel, ce n’était que lundi soir!! Ils avaient amplement le temps de jouer un vendredi soir, les membres de son groupe, non? Un vendredi soir, bordel!!!! C’était quoi, ce délire? Mais les familles de John et Erwan étaient à Londres, elles. Et il se souvenait encore de cette crise qu’il avait fait à Max, au téléphone, parce que le bassiste devait prendre le bus pour aider sa mère à préparer son réveillon de Noël, à Manchester et que le Viper Room les avaient booké pour un concert, la veille. La putain de crise… Comment un musicien digne de ce nom pouvait-il refuser de jouer un vendredi soir? Non, mais on s’en foutait, du pudding de Noël et des biscuits au gingembre! Max était resté à Londres, ce soir-là. Juste pour lui. Et ils avaient joué. Max avait appelé sa mère, juste après le show, pour s’excuser, devant eux.

C’était sans doute de l’égoïsme. Si lui n’avait pas de réunion de famille, personne ne devait vraiment en avoir. Depuis combien de temps il n’y avait pas eu de vrai réveillon de Noël chez lui, de toute façon? Depuis sa dernière visite chez son parrain, à Braemar Castle, à ses quinze ans.

Depuis… depuis Noël n’était qu’un soir plus long et plus solitaire que les autres. Où il n’y avait rien de vraiment bon à la télé et personne avec qui discuter sur Skype, c’était tout.

Alastair avait commandé chez le chinois, ce soir-là et Max était resté silencieux, devant le film. Puis le bassiste était parti au petit matin prendre le premier bus vers sa ville natale, en laissant un simple post-it sur la porte d’entrée. La classe.

Combien coûtait un billet d’avion aller-retour vers la Pologne, dans une période aussi achalandée que le temps des fêtes? Il n’en savait trop rien. Sans doute pas mal plus que ne pouvait le permettre un salaire de barman qui tentait de joindre tant bien que mal les deux bouts. Sa famille et ses vingt mille frères et sœurs semblait lui tenir à cœur, au slave. Il devait se sentir seul, sans doute. Le regard du jeune britannique remonta tant bien que mal vers le relief éclaté que faisait le bois de la cabine autour de la serrure. Est-ce qu’un coup de poing sur une putain de porte de chiottes pouvait coûter un job?

Il caressa pensivement le bois brisé du pouce et se tortilla pour faire descendre sa chemise le plus loin possible sur son fessier, pour couvrir la déchirure de son jeans. Quel gâchis. Quel putain de gâchis. Et la coke, sur le réservoir de toilette, qu’allait-il en faire, hein?

« Tu es un bon musicien et un bon musicien, ca se produit sur scène quand il le faut. C’est tout. Tu fais vibrer les gens avec ta putain de douleur et ils ont besoin de toi pour évacuer la leur. Alors tu as besoin de tes mains. T’as pas le droit de bousiller tes putain de mains pour des conneries pareilles, Andrzej. T’as pas le droit, tu comprends? »

Il voulu refermer la porte pour se réfugier seul avec sa poudre blanche. Tanpis si l’autre l’entendait renifler. Tanpis s’il devinait. Tanpis. Il n’aurait qu’à le jeter dehors ensuite. Le barman pouvait même dire que c’était lui qui avait brisé la porte, pour garder son job. Il paierait pour les réparations, c’est tout.

Mais le slave restait planté là, à le fixer. Impossible de fermer cette putain de porte. C’était une chose que de laisser les puritains imaginer ce qu’ils voulaient derrière un écran. C’en était une autre de faire ça devant eux. Une gêne, un malaise. Non, il ne voulait pas qu’Andrzej le voie ainsi. Il allait à nouveau lui dire de le laisser tout simplement tranquille mais la main du slave vint chercher sa nuque et ses lèvres se pressèrent doucement aux siennes. Trop doucement, sans doute, en contraste avec ce poing meurtri et tout le fiel déversé.

Alastair en resta paralysé un moment, à se demander si tout ça n’était pas encore un mauvais tour de son imagination. Il sentait les lèvres chaudes et timides du polonais contre les siennes. Il ferma les yeux et posa ses deux mains autour du visage mal rasé pour le lui rendre, sans doute avec un peu plus d’audace, en le forçant doucement à s’appuyer sur le mur. Il n'y aurait pas d'excuse, ce coup-ci. Pas de fuite, pas de Dieu, pas de...

« Je suis désolé de t'avoir repoussé l'autre soir... Et... et j'ai aucune envie de te bousiller la tronche. »

Le polonais avait bégayé ça en haletant, pour reprendre son souffle, sans doute. Le jeune homme lui fit un sourire espiègle et s’apprêta à remettre ça lorsque la porte s’ouvrit pour laisser passer un client éméché qui leur lança un regard complètement dégoûté avant de rebrousser chemin en les insultant.

« Ton pantalon est déchiré, mec. T’étais pas capable de l’enlever avant? Vous êtes pire que des animaux. Trouvez-vous une chambre, merde! Y a des gens qui veulent pisser! »

Rouge de colère et de honte, le jeune britannique leva rageusement les deux doigts de sa main pour lui faire le grand V mais le type ne fit qu’hausser les épaules, comme s’il n’avait pas compris et sortit en maugréant.

« Bloody tosser! »

Il lança un regard noir vers la porte fermée, tira de plus belle sur sa chemise, et lança un regard mortifié de honte au polonais. Il aurait voulu s’excuser, lui aussi. Lui dire que lui aussi, il était désolé. Pour sa réaction de l’autre jour. Pour s’excuser d’avoir forcé le polonais à être témoin de sa débauche. Pour toutes les conneries qu’il avait dites. Mais les mots restaient coincé. Il baissa la tête, en pinçant les lèvres.

« Tu devrais retourner travailler, non? Tu… tu finis à quelle heure? »
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MessageSujet: Re: AA ◇ All those beautiful boyz   Dim 6 Jan 2019 - 14:09

Il n'a aucune idée du passif de l'anglais concernant son groupe et leur planning de scènes. Et le britannique ne sait rien des besoins des autres concernant les fêtes. Pour Andy, c'était vite vu : il n'a pas les moyens de rentrer. Mais Noël, c'est un moment tellement primordial de l'année à ses yeux que les autres pourraient lui demander n'importe quoi, il y aurait toutes les chances qu'il dise oui. Même si ça lui coûte de ne pas jouer ce soir, plus qu'il ne veut bien l'avouer. Parce qu'il ne veut blâmer personne et que ça ne changerait rien de toute façon. Parce qu'il n'a que ça pour palier à sa solitude, aussi. Sa coloc avec Nixie mise à part. Mais ça n'est pas pareil. Et elle doit bien aller retrouver son frère, non ?

« Tu es un bon musicien et un bon musicien, ça se produit sur scène quand il le faut. C’est tout. Tu fais vibrer les gens avec ta putain de douleur et ils ont besoin de toi pour évacuer la leur. Alors tu as besoin de tes mains. T’as pas le droit de bousiller tes putains de mains pour des conneries pareilles, Andrzej. T’as pas le droit, tu comprends? »

Un soupir lui échappe. Une part de lui enregistre le compliment, l'usage de son vrai prénom aussi, et voudrait le remercier pour, mais l'autre, plus forte, se concentre sur le reproche et sur sa main endolorie. Sur ce qui fait que ses poings se sont abattus sur cette porte, sur la frustration que la rancœur de l'autre à son encontre pouvait générer.

Et sur ses lèvres qui se posent sur les siennes, comme si ça pouvait tout effacer. Parce qu'il sent bien qu'il est en train de s'éloigner, et qu'il sait que s'il le laisse faire, il y a toutes les chances pour que ça soit la dernière fois. Et il ne veut pas le voir partir, sortir de sa vie, à nouveau, alors qu'il n'y est pourtant pas encore réellement entré, au fond.

Mais l'anglais lui rend son baiser, avec plus de fougue qu'il n'a été capable de lui en donner et il se retrouve plaqué contre le mur sans trop de peine, sans opposer de résistance. L'échange se fait plus audacieux, moins chaste, sans qu'il cherche à le rompre, ses mains glissant dans le dos du britannique comme pour le garder un peu plus contre lui, comme s'il craignait de le voir s'évaporer dans les airs s'il desserrait ne serait-ce qu'un instant son étreinte. Et puis sa voix s'élève, hachurée du souffle qu'il s'évertue à reprendre quelques instants. Un moment encore, le sourire de l'étudiant se rapproche de celui d'un enfant espiègle, celui-là même qu'il lui a connu, l'autre soir, avant qu'il n'aille dénicher cette bouteille de gin et ne revienne le chien sous le bras. Et puis la porte s'est ouverte, rompant immédiatement la magie du moment.

« Ton pantalon est déchiré, mec. T’étais pas capable de l’enlever avant? Vous êtes pire que des animaux. Trouvez-vous une chambre, merde! Y a des gens qui veulent pisser! »

Le polonais est devenu écarlate, embarrassé par l'interruption, par la situation surtout. Les mots du client lui passent un peu au-dessus de la tête, le geste du pianiste tout autant, il n'enregistre que sa posture, et l'air dégoûté du type qui ressort aussitôt. La gêne d'être surpris dans une telle position et les conséquences potentielles.

« Bloody tosser! »

Pour ça, il ne peut pas dire mieux. Qui est il, l'autre là, pour se permettre de les juger ? Si Dieu ne le juge pas lui, personne n'en a le droit à sa place. Ca n'empêche pas qu'il ne soit pas à l'aise et pas seulement pour avoir été surpris ainsi, bien que le fait que ce type puisse interpréter et déformer la vérité n'aide en rien, mais sans doute aussi pour ce qui aura pu se dire dans son dos : il est censé être en poste et il s'en est absenté. Sans raison réellement valable pour le justifier.

« Tu devrais retourner travailler, non? Tu… tu finis à quelle heure?
- Sans doute oui... Je... Je devrais même pas être là en fait. Il faut que j'y retourne... Mais... »

Pourtant il ne bouge pas, pas encore. Il plonge seulement son regard dans celui de l'autre, incapable de s'en détacher. Inquiet de le voir disparaître à jamais, malgré son corps encore plaqué contre le sien.

« Je finis à 2h. Tu seras encore là ? »

Là encore une part de lui lui murmure que oui, qu'il ne poserait pas la question sinon... Et l'autre ne peut s'empêcher de craindre de voir la silhouette de l'anglais s'éloigner. D'ailleurs il meurt d'envie de sentir à nouveau ses lèvres sur les siennes et malgré son visage cramoisi et la crainte de perdre son job, ses bras viennent à nouveau enlacer le britannique, le temps d'un baiser presque trop chaste.

L'instant d'après, il détache le sweat-shirt noué à ses propres hanches et le passe autour de celles de l'anglais, pour dissimuler la déchirure.

« Tu me le rendras plus tard... »

Au fond, une part de lui n'est pas si pressée de voir son vêtement réapparaître en réalité... Comme si le laisser à l'anglais l'obligeait à penser à lui, à ne pas l'oublier...
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