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MessageSujet: Fiche   Sam 27 Mar 2010 - 9:38


les Papiers d'Identité
« Vos papiers s'il vous plaît. Simple contrôle de routine avant de prendre la mer! »


prénom(s) : Elénore Cassandre Abigail
surnom(s) : Lenny, Cassie, Abi ou Babydoll
nom(s) : White
âge : 26/33 ans
date et lieu de naissance : 31/03/1976
race : lycane renarde par morsure
métier : journaliste au Times Picayune




Ne vous fiez pas aux apparences
« Alors comme ça vous êtes nouveau? Ne vous inquiétez pas, nous ne mordons sur ce navire que ceux qui n'ont pas votre chic. »



apparence physique :
On lui a toujours dit qu’elle faisait plus jeune que son âge. Elle a toujours pris ça comme un compliment, et le prendra toujours ainsi, maintenant que son corps n’évoluera plus. Elle est fière de cette coquetterie de la nature qui lui a octroyé des yeux vairons, l’un bleu, l’autre vert avec un cercle ocre au centre. Mais elle est bien loin d’être orgueilleuse, cette jeune journaliste discrète qu’on remarque seulement, en général, au moment où elle se décide enfin à ouvrir la bouche, qu’elle a de fort jolie d’ailleurs. Un visage d’ange, des cheveux longs et châtain, parfois laissés libres, le plus souvent noués à la va-vite à l’aide d’un crayon et un port de danseuse, c’est un joli brin de jeune femme.

Sa garde-robe contient tout autant les fripes qu’elle a dénichées par ci par là, parce qu’elles les trouvaient fun que des tenues coûteuses offertes par maman comme si ça avait pu compenser le divorce et les engueulades qui l’ont précédé et qu’elle garde précieusement. On y retrouve à peu près toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Peu regardante quant à l’agencement des matières, des formes et des couleurs, elle s’habille selon son humeur, entrant tour à tour dans le rôle d’une petite fille modèle, d’une artiste aux inspirations hippies ou d’une pseudo-rockeuse un peu rebelle.

Elle porte les bijoux qu'elle a fait, morceaux de fleurs, de feuilles, ronds de réglisses, fraises tagada et autres sucreries trempées dans de la résine, ou pierres laquées de couleurs vives, en boucles d'oreilles, pendentifs et bagues pour le moins... originaux. Dernière petite chose : sa transformation ayant été induite par des morsures à la main gauche, elle a pris l’habitude de porter des mitaines plus ou moins colorées, accordées à sa tenue. Elle en a toute une collection, qu’elle continue à porter comme pour se remémorer cette transformation qu’elle rejette.

caractère :
Lennie parait de prime abord être quelqu'un d'assez effacé. Pas vraiment timide, elle ne perd pas ses moyens dès qu'on lui adresse la parole et ses joues n'ont pas vraiment tendance à prendre une teinte carmine dès qu'elle doit s'adresser à quelqu'un, mais elle n'est pas du genre à se montrer expansive, au premier abord tout du moins. Elle n’est pas vraiment du genre à aller vers les autres. C’est une observatrice aguerrie, en revanche, et il ne faut pas croire qu’elle soit si fragile que son apparence le laisse croire. C’est surtout quelqu’un d’assez complexe, et légèrement caractériel. Quelque peu lunatique, si elle ne semble pas particulièrement nostalgique, déprimée ou mélancolique, elle peut aussi bien afficher un masque joyeux dans ses bons jours, ou au contraire un air particulièrement renfrogné dans ses mauvais jours. Dans ces moments-là, et sans doute est-ce aussi un moyen de se protéger davantage, elle a tendance à envoyer bouler un peu tout le monde, et le terme délicatesse ne fait plus vraiment partie de son vocabulaire. Les jours de pleine lune, elle est tout simplement incontrôlable.

Elle a une idole : sa mère. Pas sa mère lycane, mais sa mère biologique. Elle a toujours voulu lui ressembler au mieux. De là découle sa détermination farouche : elle pourrait être capable de déplacer des montagnes pour atteindre les buts qu'elle s'est fixés, et ne lésine pas sur les moyens mis en oeuvre pour y parvenir. Et s’y opposer n’est pas vraiment ce qu’elle accepte le mieux : très rancunière, elle n’oublie pas facilement un affront, qu’elle parvienne ou non à s’en venger. Sa volonté lui a permis d'avoir son niveau dans les domaines du chant et du violon, ainsi que les notions de clavier qu'elle possède (le terme paraît faible au néophyte qui l'écouterait, mais elle se sait moins douée lorsqu'elle joue de cet instrument que de l'autre) et de l’écriture. La musique a toujours fait partie de sa vie, que ce soit elle qui en joue, ou son père biologique pour elle avant ça. La création aussi, puisqu’elle « gribouille » à ses heures perdues et confectionne un certain nombre de bijoux à partir de tout et n’importe quoi, pourrions-nous dire.

Mais derrière cette carapace de détermination, se cache une jeune femme brisée qui a du mal à gérer sa nouvelle nature, malgré les quelques années qui sont déjà passées, et qui éprouve un profond dégoût des actes qu’elle peut commettre sous forme hybride. Elle a eu du mal à supporter le divorce de ses parents, elle craint particulièrement maintenant de revenir à elle-même après une pleine lune et découvrir qu’elle a fait du mal à un de ses proches, ou pire. Peut-être cela se ressent-il un peu dans les accents de sa voix mélancolique ou dans l'entêtement qu'elle montre en tout, obstinément, comme pour masquer le reste... Et en grattant le vernis au moment opportun, nul doute que l'on parviendrait à la faire craquer... Si toutefois le moment 'opportun' se présentait en présence d'autrui de nouveau. Car c'est quelqu'un de très fier, qui supporte difficilement l'échec, et si elle ne se considère pas comme particulièrement snob, c'est parfois l'impression qu'elle donne, comme elle ne se lie que très peu aux autres.

> Ce qu'elle aime : La musique, l’écriture, l'art, en général. Elle est plus musicienne que graphiste, plus écrivaine que musicienne, mais apprécie autant toutes les formes d’art. Elle aime se laisser porter par la musique, fredonner ou jouer avec tout ce qui lui tombe sous la main, et elle aime créer. Que ce soit des sculptures, des toiles, des gravures, ou même créer des bijoux avec tout et n’importe quoi. Des fleurs trempées dans de la résine, des cailloux insignifiants, laqués de couleurs vives, et même des sucreries, composent bien souvent ses œuvres.

C’est d’ailleurs une autre chose à laquelle elle ne sait pas résister : dans sa sacoche, on trouve encore toujours quelques bonbons, sucettes et autres caramels dont elle ne sait pas vraiment se passer, ce qui en rajoute à son côté « enfantin ».

> Ce qu'elle déteste : Elle n'aime pas… beaucoup de choses, et notamment beaucoup de choses chez elle. De sa taille, trop menue, à ses formes, presque inexistantes, en passant par ses cheveux trop fins, trop indisciplinés. Sujet sensible si l’en est, elle a du mal à accepter la comparaison qu’on fait régulièrement d’elle à une poupée de porcelaine, pourtant tout à fait justifiée.

Elle déteste perdre le contrôle, se sentir faible, et ça lui arrive bien souvent pourtant, de part sa nature ou notamment lorsqu'elle se retrouve dans des situations qui font ressortir ses phobies : Elle a le vertige et ne supporte pas les passerelles et autres plateforme en hauteur qui la paralysent complètement. Dans le même ordre d'idée, elle supporte difficilement qu'on la traite comme une gamine, même si sa stature pousse naturellement les gens à vouloir la protéger. Ou à profiter d’elle.

> Avec les humains : Elle ne se sent plus tout à fait humaine, mais c’est peut-être tout de même la communauté avec laquelle elle a le plus d’affinité. Elle refuse de leur faire du mal et déteste les pleines lunes où elle ne contrôle plus rien. Elle préfère s’enfermer ces jours-là que d’aller chasser… et pour cause, elle pourrait très bien tomber sur ses parents et ne pas faire la différence entre eux et n’importe quel autre humain.

> Avec les lycans : Elle se considère comme un monstre depuis la morsure et ne les aime pas plus que ça. Même sa mère lycane, elle l’évite au maximum. Pourtant, elle les protégerait du mieux qu’elle pourrait : c’est sa nouvelle famille, qu’elle le veuille ou non, et elle ne peut pas faire comme si elle était encore totalement humaine.

> Avec les vampires : Elle les évite comme la peste et prend ses jambes à son coup dès qu’elle en rencontre un. Elle ne comprend pas la fascination de certains humains pour ces êtres aussi barbares qu’elle lorsque la lune est pleine.

particularités : De la cicatrice que lui laissaient sa mère lycane à chaque morsure, elle a gardé l’habitude de porter une mitaine à la main gauche, qui ne masque plus rien aujourd’hui, mais qu’elle continue à porter, comme pour se souvenir de cette période. Elle en a toute une collection, de mitaines, plus ou moins colorées, qu’elle porte donc tout le temps, même lorsqu’il fait beau.



la Fin du Voyage
« Nous sommes bientôt arrivés. Quel dommage, j'aurais aimé encore longtemps vous parler. Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin... »



prénom ou pseudo : Kenthira
pays et région : Ile de France, France
âge : 29 ans (le premier qui dit Mamie, je le mords)
célébrité sur l'avatar : Alexis Bledel
poste vacant : Oui
fréquence de passage : Quasiment 7/7 à quelques exceptions près…
commentaire personnel : ? Euh… je sais pas




Dernière édition par Fiona - Admin le Sam 27 Mar 2010 - 17:26, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Fiche   Sam 27 Mar 2010 - 9:38


Racontez-nous une belle histoire
« Je veux tout savoir de vous, j'aime connaître les histoires, les rencontres sont ainsi toujours plus alléchantes. »



histoire :
Elle est née en France, à Saint-Mandé, et y a passé une partie de son enfance et son adolescence, avant que Papa ne soit muté en Irlande. Elle se souvient de Paris, la ville lumière, celle de la mode et du luxe, où Maman a pu s’en donner à coeur joie, d’autant qu’elle était ainsi plus proche de sa propre famille. Ca a été une période calme de sa vie, qu'elle a passée à jouer avec ses camarades de classe, à apprendre le violon pour faire "comme papa" qui lui jouait des berceuses le soir pour l'endormir, à apprendre le piano, aussi, au passage, et le chant... jusqu'au premier nouveau déménagement, le premier dont elle se souvînt vraiment, parce qu’il l’avait marquée, déracinée des amies qu’elle avait en France, et avait été le point de départ d'une longue lignée. La famille n'eut guère le temps de s'habituer à leur nouvelle résidence qu'ils déménageaient de nouveau, encore et encore, parfois dans le même pays, parfois à l’étranger. Les joies d’avoir un père travaillant pour la branche export d’une multinationale...

Si Maman a jamais souffert de ces fréquentes mutations, elle n'en a jamais rien laissé paraître, alors Lennie faisait pareil, faisant mine de ne pas souffrir de perdre les quelques amies qu'elle avait, surtout Marie et Anne. Après ça, elle n'a jamais vraiment voulu tisser de lien avec ses camarades, comme elle savait qu'elle devrait un jour les quitter. Maman, de son côté, n'a jamais baissé les bras, jusqu'à ce qu'elle parvînt, il y a quelques années, alors qu'ils étaient en Irlande, à monter son studio de photo. Alors comme Maman, Lennie retrouvait de nouveaux professeurs, reprenaient de nouveaux cours, recommençait une nouvelle vie, à chaque fois.

Mais quoi qu’elle pût en dire, et malgré tous ses efforts, elle ne parvînt jamais à oublier totalement l’Irlande. C'est là-bas que l'une de ses nombreuses profs, qui portait éternellement le même pendentif constitué d'une feuille de trèfle prise dans de la résine, lui donna l'envie de faire pareil. Elle avait commencé par laquer des pierres de couleurs vives pour s'en faire des bijoux, elle y ajoutait à présent des fleurs en utilisant le même procédé que sa prof. Et puis elle avait fini par faire un essai avec des rouleaux de réglisse... et poursuivi avec d'autres friandises.

Et c’est là-bas qu’elle rencontra Ben, LE garçon. Celui qui avait réussi à lui faire rompre la promesse qu’elle s’était faite à elle-même de ne plus s’attacher à qui que ce fût parce que ça ne durerait pas, pour ne pas souffrir encore comme elle regrettait la distance qui la séparait de Marie et d’Anne. Ils n’étaient pas dans la même classe, ils n’auraient pas vraiment dû se rencontrer... Sauf qu’il y avait une salle de musique, et qu’elle avait essayé de gratter un peu sur une guitare, mais ne sachant pas jouer de cet instrument, elle tâtonnait pas mal, quand il était entré. Un cours de guitare improvisé qui avait muté rapidement en démo de ses talents de guitariste à lui et de chanteuse à elle. Une passion commune pour la musique qui s’était au fil des semaines muée en passion l’un pour l’autre... Ils étaient jeunes, on disait que ça ne durerait pas, et elle savait, au fond, qu’un jour elle devrait partir.

A la même époque, Maman avait déjà acquis une certaine renommée, en Irlande, quand ils durent une nouvelle fois déménager, mais cette fois, le siège de "Angel Studio" la suivit. Elle garda une succursale là-bas, et les plus fidèles de ses collaborateurs, et les plus jeunes aussi, prirent le parti de la suivre, certains furent nommés pour prendre le relais pour l’annexe restée en Irlande, et Maman ne se cacha pas de considérer les autres comme des déserteurs. Evidemment, Elénore n'en pensait pas moins. Ils avaient osé abandonner Maman après tout ce qu'elle avait fait ? Car la jeune fille était, et est toujours, très attachée à sa mère. Il faut dire que malgré son activité professionnelle pourtant très prenante, elle a toujours ménagé du temps pour appeler sa famille en France et s'occuper de sa petite brunette de fille, ce qui, à ses yeux, force l'admiration. Maman se plaisait à dire que c'était la naissance de sa « petite poupée » qui l'avait décidée à se lancer dans la photo : pour pouvoir faire découvrir au monde sa plus belle réussite. Sa première exposition, qu'elle avait intitulée « Un ange tombé du ciel », était d'ailleurs composée uniquement de photos d’Elénore. Etrangement, la jeune fille n'aime pas trop servir de modèle, surtout quand il faut participer aux vernissages et entendre les commentaires de tout un chacun, mais elle « s'amuse » à gribouiller des croquis des photos que maman a faites, dans un style parfois assez stylisé, et épuré, d’autres fois complètement torturé ou d’autres encore avec des couleurs psychédéliques.

Quand ils ont déménagé pour la énième fois pour s'installer aux Etats-Unis, Elénore a suivi comme elle l'a toujours fait. Mais cette fois-là était différente. D’abord parce qu’elle abandonnait Ben, et que la blessure était plus vive encore que lorsqu’elle avait dû quitter ses amies, enfant. Parce qu’elle l’aimait, vraiment, et elle s’était juré, une fois encore, de ne plus se laisser avoir. Après tout, il n’y avait pas que les beaux gosses de bahut qui pouvaient ne pas avoir de coeur, n’est-ce pas ? Ou au moins faire semblant. Parce que sur sa table de chevet trônent deux cadres, l’un contenant la photo de deux petites filles, une blondinette aux yeux clair, et une rouquine aux yeux verts, jouant dans le sable, l’autre représentant un beau jeune homme souriant à l’objectif, dont elle ne pouvait pas se séparer.

"Photo"
Ryan Cabrera


A photo can say a thousand things
But it can't say the million things I wanna say
A photo can capture the way we were
But it can't capture the way we are
'Cause you're far away
What it's like to know you
What it's like to touch you

When you told me that you loved me
were those just words
You can't tell me you don't need me
and I know that hurts
'Cause I'm looking at your picture
'Cause it's all I've got
Maybe one day
You and me will have one more shot

Timing lost minutes and moments
And I might (a) be lonely girl
But I'm not afraid
In a second
It all comes right back to me
Nothing's forgotten now
Yeah everything's saved
What it's like to touch you
What it's like to know you

When you told me that you loved me
were those just words
You can't tell me you don't need me
and I know that hurts
'Cause I'm looking at your picture
'Cause it's all I've got
Maybe one day
You and me will have one more shot

You were my life
you were my faith
You gave me hope every day

When you told me that you loved me
were those just words
You can't tell me you don't need me
and I know that hurts
'Cause I'm looking at your picture
'Cause it's all I've got
Maybe one day
You and me will have one more shot


Et puis parce que quand elle est arrivée à la Nouvelle Orléans, quelque chose avait changé, sans qu’elle pût expliquer quoi. Ca n’avait rien à voir avec l’école, où elle ne se liait pas plus qu’elle ne se l’était promis, ce qui ne la chagrinait pas outre mesure (il vaut mieux être seul que mal accompagné, dit-on), ni avec les nouvelles qu’elle recevait par lettre de Marie ou d’Anne, pas toujours roses pour autant, ou la raréfaction des lettres de Ben. Il y avait quelque chose de différent, à la maison, et petit à petit, elle avait commencé à voir ses parents se disputer, d’abord de façon sporadique, puis plus régulièrement. La succursale en Irlande qui périclitait, privée de sa tête d’affiche qu’était Mrs White, était une des causes de disputes, et peu à peu s’y greffaient le temps que Maman passait au travail, au détriment de sa maison, et les déménagements successifs générés par le travail de Papa...

Finalement, c’était devenu habituel, et si elle ne voulait pas prendre parti, parce que bien souvent on en venait à lui demander son avis, elle en était arrivée à rentrer le moins possible à la maison, et à y rester cloîtrée dans sa chambre, entourée de la montagne de peluches qui encombrent son lit et le divan sous sa fenêtre. Se montrer forte, ne pas craquer, c’était faisable à l’extérieur, il suffisait de ne pas y penser, de s’enfermer dans ses bouquins. A l’intérieur, c’était difficile de faire tout le temps la morte, surtout aux heures des repas. Elle s’arrangeait pour déjeuner et partir avant eux pour la bibliothèque municipale, se languissant de la rentrée et de l’internat qui la délivrerait de ces séances de torture mentale où chacun de ses parents tentait de s’attirer ses grâces d’une manière ou d’une autre. Elle rentrait le plus tard possible, et restait enfermée dans sa chambre, gribouillant sur des carnets plus ou moins bien tenus, confectionnait de nouveaux bijoux ou rêvassait en écoutant – à fond pour couvrir les cris – ses groupes préférés. Ils allaient divorcer, c’était certain, et ça ne la dérangeait même plus. Tout ce qu’elle voulait, c’était qu’ils arrêtent de se disputer, et s’éloigner un peu, physiquement ou par l’esprit.


"Butterflies Instead"
K's Choice


I lock the door and lock my head
And dream of butterflies instead
The beauty of their colored wings
The trees, the grass and pretty things
Imagination fills the void of my existence

Daddy says "I love you girl, it's not your fault
Your mom and me don't get along"
I know he's lying, I know there's no such thing as
Inexplicable I hear, forget, this world in bed
And suddenly the sun comes up
That's when my pets all come alive
They cheer me up and tell me

Everything's alright
Stuffed animals are always right

My favorite song, my favorite show
I wonder if they even know
Or if they care or if they even notice
I am standing there
I want my pets to come alive
And cheer me up and tell me

Everything's alright
Stuffed animals are always right
Everything's alright
Stuffed animals are always right
Alright...

My eyes all red, the baby's wet
And someone has to get that phone
I want my pets to come alive and
Cheer me up and tell me

Alright...

I lock the door and lock my head
And dream of butterflies instead


La rentrée avait été un soulagement, même s’il avait fallu batailler pour faire admettre le principe de l’internat. Elle avait eu gain de cause, cela dit, étant donné qu’il s’agissait là du principe même du lycée, et avait été plutôt soulagée de pouvoir être suffisamment éloignée de ses parents qui n’en finissaient pas de se battre pour tout et n’importe quoi, de sa garde à la moindre petite cuillère. Elle avait déchanté quand on lui avait expliqué qu’on l’avait affublée d’un tuteur, un des beaux gosses de l’école - ce qui avait au moins l’avantage d’être agréable pour les yeux, cela dit - qui devait l’aider à s’intégrer. Comme si elle avait vraiment eu besoin de ça, elle qui ne voulait justement pas vraiment faire connaissance avec les autres ! Elle ne lui avait pas accordé plus d'un regard le premier jour, quand on lui avait dit que le type là-bas, serait son parrain. Mignon, certes, mais elle n’était pas intéressée, merci. D’ailleurs, l’idée d’avoir quelqu’un pour l’aider à s’intégrer n’était pas vraiment parmi celles qu’elle trouvait lumineuses... Et quand il était venu vers elle, alors qu’elle rangeait des bouquins dans son casier, elle avait haussé un sourcil à son intervention.

"Salut, c'est toi Elénore ? Moi c'est Max, mais tu peux m'appeler... Max, enfin bref, voilà... ça sera moi ton parrain, pour t'aider à t'intégrer à l'école... Donc il te suffit de me dire ce que tu veux voir ou faire, et tu l'auras... Je suis à ta disposition, un peu comme un chevalier servant, tu vois le genre... ? Bref, voilà...
...
C'était pas un effet d'optique, t'es vraiment petite en fait !"

"Il paraît que tout ce qui est petit est mignon, on peut pas en dire autant de ce qui est trop grand. Tu vexes toutes tes filleules dès les premières secondes ou c’est juste un cadeau de bienvenu personnel ? Accessoirement, et malgré ma petite taille, je suis une grande fille, je peux me débrouiller toute seule, mais il fallait bien que tu proposes, faudrait pas refuser ça à la direction, hein ?"

Un sourire complètement forcé et absolument pas sincère, et elle avait fermé son casier d’un coup sec qui avait résonné dans le couloir avant de tourner les talons.

C’était sans compter l’entêtement du jeune homme. Elle avait trouvé la bibliothèque, toute seule comme une grande, et était plongée dans un ouvrage sur les estampes japonaises quand il était revenu à la charge, s’installant face à elle sans lui demander la permission et embrayant aussitôt, à voix basse étant donné l’endroit où ils se trouvaient.

"C'est vraiment la première fois que je dois courir après une filleule pour la convaincre de me laisser être son parrain... C'est quoi ton problème ?"

L’ouvrage sur les estampes s’était refermé suffisamment sèchement pour que leurs voisins proches se retournent, et elle avait soupiré lourdement avant de plonger ses yeux clairs dans ceux de son interlocuteur. Et ça n’avait rien d’un regard enjôleur.

"Max la menace..." soupira-t-elle encore avant de rétorquer : "T'as pas l'habitude qu'une fille te repousse, hein ? Ecoute, j'ai pas besoin d'une nounou pour trouver la cantine ou la prochaine salle de classe. Je sais lire un planning et un plan autant que les indications dans les couloirs et jusqu'à preuve du contraire, j'ai pas encore perdu tous mes neurones. Je préfère me débrouiller toute seule, tu vois ?"

Elle arborait fièrement ses boucles d'oreilles en forme de demi-lunes taillées dans des rouleaux de réglisse, une bague assortie au majeur droit avec laquelle elle jouait, pendant qu’il poursuivait.

"Nan, c'est vrai que j'me fais rarement repousser... M'enfin c'est pas la question. Le but, c'était pas d'éviter que tu te perdes dans les couloirs, ou te permettre d'arriver à l'heure en cours... Si c'était ça, c'est pas moi qu'on serait venu chercher, tu vois..."

Non, pour l’instant, elle ne voyait pas. Enfin, si, elle voyait bien qu’il n’avait pas tout à fait le type du gars auquel on pense naturellement pour aider les nouveaux à trouver leur classe, mais elle ne voyait pas où il voulait en venir. Le sourcil haussé, l’air perplexe, elle continuait à jouer avec sa bague et lui demanda sèchement :

"C’est quoi alors ?"
"C'est... euhm... l'intégration, avec les autres... ça te dit quelque chose ? Ou pas du tout ? La vie sociale, et tout ça... ?"
"Le truc où il faut faire semblant d’être ami avec tout le monde, c’est ça ?"
"Hum... ouais, plus ou moins... mais j'ai comme l'impression que ça t'intéresse pas tant que ça, j'me trompe ?"
"Bien joué Einstein, t’as deviné ça tout seul ? J’ai pas tout à fait le profil de la pompom girl qui peut rien faire sans ses douze copines, je dois avouer, et le truc super avec les bouquins, c’est qu’ils sont silencieux, eux."


Il l’avait dévisagée, l’air perplexe, avant de reprendre.

"Je sais qu'en général, on me colle les cas particuliers, mais là, franchement... Oh, je sais ! C'est les bonbons ! ... T'es sûre que ça te monte pas un peu à la tête, tes trucs, là... ?"

Ok. Il la prenait vraiment pour une andouille. Et en plus il critiquait ses bijoux, l’hérétique.

"Ce qui ne va pas tarder à me monter à la tête, c’est plutôt un mal de crâne, là, je crois. Je vais passer encore une fois sur ton manque de tact évident, mais sérieusement, tu veux pas me laisser tranquille ? On est à la bibliothèque, là, les gens sont censés lire et étudier ici, et j’ai pas trop l’impression que c’est ce que t’as l’intention de faire."
"Hum... Non, t'as raison. T'es pas si bête, finalement... Bon ok, ça va, j'ai compris, j'te laisse à tes bouquins... Si t'as besoin, appelle « Max la menace », il répondra ptêt, qui sait ?"


C’était quoi cet air amusé qu’il avait eu, là ? Il se moquait d’elle en plus ? Et il avait levé les yeux au ciel, et l’avait laissée en plan, là, comme ça. Et tranquille, certes, et à l’origine, c’était ce qu’elle souhaitait. Mais il l’avait laissée en plan, et étonnamment, elle se sentit légèrement frustrée : il fallait croire qu’elle s’y était presque habituée à cette petite joute verbale, pourtant très récente, et c’était presque dommage qu’il abandonne aussi vite. Elle avait haussé les épaules, et repris sa lecture.

Elle n’avait pas tardé à comprendre ce dont il voulait parler, cependant. Il y avait eu une fête d’organisée par l’un des élèves, chez lui – à savoir une spacieuse villa de la zone huppée – et la rumeur avait couru dans tout le lycée. Elle s’était décidée à y aller elle aussi, plus pour éviter de devoir aller dîner à la maison pour faire plaisir à ses parents et les entendre se jeter tout et n’importe quoi à la figure que parce qu’elle rêvait de se retrouver au milieu de tous les bellâtres et de toutes les bimbos de l’école, mais elle avait fini par sortir de sa chambre et y aller. Et par comprendre, donc. Parce qu’à peine arrivée, on lui avait rempli un verre contenant plus d’alcool que de jus de fruit, et à peine y avait-elle trempé ses lèvres qu’on lui proposait de le remplir à nouveau. Pas besoin d’être devin pour comprendre qu’on essayait de la saouler... légèrement moins assurée, elle avait tenté de s’éloigner un peu du coeur de la fête, histoire qu’on arrête de remplir son gobelet décidément toujours plein, et avait gagné la cuisine, où elle avait vidé sa boisson dans l’évier. Le temps qu’elle se retourne, les filles qui s’y trouvaient à son arrivée avaient laissé place à quatre types qu’elle identifia comme sportifs genre football américain à leur carrure. Elle ne se souvient plus trop bien de ce qu’ils disaient, ni de ce qu’elle avait répondu, juste de leur visage, et de ce qui se lisait dans leurs yeux et qui l’effraya : elle avait beau décliner l’offre, et leur demander plus ou moins gentiment de partir, ils n’en avaient absolument pas l’intention. Elle se souvient avoir regardé derrière eux, cherchant une échappatoire inexistante, la porte lui étant totalement inaccessible de là où elle se trouvait, et sans doute gardée par un de leurs petits camarades qui avait perdu à courte paille. Elle se souvient de la musique assourdissante qui étoufferait ses appels, si tant était que quiconque se décide à y répondre et à venir l’aider, à présent que les demoiselles potentiellement témoins de la scène s’étaient fait la malle. Elle se souvient qu’on l’avait touchée, et ça n’avait rien à voir avec les mains de Ben... Et elle se souvient de sa voix, qu'elle n'aurait pas cru être un jour si heureuse d'entendre.

"Hey, Baby Doll... Tu t'amuses bien ?"
"Max la menace..."


Sa voix n’était qu’un souffle, à peine audible. Il s’était arrêté à l'entrée, adossé à la porte, et elle ne savait pas trop comment il avait pu passer par là, mais à cet instant-là, elle s’en fichait éperdument. Il n’avait pas même adressé un regard aux autres mecs, et elle ne savait pas trop s’il était là pour l’aider ou pour en rajouter une couche. Les quatre sportifs avaient été un peu surpris de son intervention, cela dit, et s’était légèrement éloignés pour se retourner vers lui. Il en restait un, trop occupé avec sa poitrine pour se décoller totalement, qu’elle dut repousser un peu plus durement pour rejoindre son... parrain ? Et même s’il n’était pas tout à fait bien intentionné, à la limite, elle s’en fichait : mieux valait que ça soit juste lui, que ces quatre-là... Elle ne se souvient pas d’avoir traversé la pièce, juste d’avoir fini par lui sauter dans les bras, littéralement, tremblant comme une feuille. Accrochée à son cou, les jambes autour de sa taille, elle avait enfoui sa tête au creux de sa nuque, refusant de croiser le regard de qui que ce soit, et senti ses bras se refermer autour d’elle.

"Woh ! Doucement..."

Un instant, elle avait cru qu’il allait la faire descendre, la repousser, la renvoyer vers les autres.

"Y a des endroits plus sympas pour ça..."

Il ne l’avait pas repoussée. Il ne l’avait pas renvoyée vers les autres. Il l’avait emmenée loin de tout ça. Elle avait entendu les types râler dans leur coin, la musique devenir plus bruyante encore, et pourtant des murmures s’élever sur leur passage, une porte se fermer, une portière s’ouvrir...

"Allez monte, je te ramène."
"Je veux pas rentrer."


Dans sa chambre, il y aurait peut-être les autres, Mélanie et Rachelle, et elle n’avait pas envie de croiser leurs regards. Elle s’était installée, pourtant, et l’avait laissé démarrer sans ajouter quoi que ce soit d’autre.

"Tu veux faire quoi ?"
"Je sais pas... Ce que tu veux... Juste... pas là bas..."


Elle ne le regardait pas, elle fixait la route sans vraiment la voir. Elle ne voyait que les visages des quatre gars de la cuisine, elle n’entendait pas le moteur, mais la musique à fond empêchant tout appel à l’aide, et elle sentait leurs mains sur elle. Instinctivement, elle avait croisé les bras sur son buste, comme si ça avait pu constituer un rempart quelconque contre les souvenirs qui ne manqueraient pas de la marquer un moment encore. Et puis, malgré tous ses efforts pour ne pas les laisser voir, les larmes avaient coulé, et elle s’était recroquevillée, incapable d’empêcher les sanglots de l’assaillir encore et encore. C’était trop. Elle pouvait faire comme si Ben ne lui manquait pas, comme si elle ne s’inquiétait pas pour Anne et pour Marie, comme si elle n’en avait pas marre de toujours devoir changer d’école, comme si les engueulades de ses parents lui passaient au-dessus... Elle ne pouvait pas faire comme si ça, ça ne la touchait pas.

Le moteur avait cessé de tourner, il était sorti de la voiture, avait ouvert la portière de son côté et avait détaché sa ceinture pour l’emmener à l’extérieur à son tour. Elle entendit la mer avant de la voir, ses yeux trop embués par les larmes, et elle le laissa la guider, tentant de calmer les spasmes qui secouaient encore ses épaules. S’il avait voulu profiter de la situation, il n’aurait pas été aussi prévenant, sans doute. Elle s’était laissée tomber plus qu’elle ne s’était assise sur la plage, avait essuyé grossièrement ses joues inondées de larmes, se souciant peu du maquillage qui avait sans doute coulé sous ses yeux, et avait enserré de ses bras encore tremblant ses genoux relevés.

"J’en ai connu des écoles, et des bizutages à la con... mais ça... c’est... dégueulasse..."

Ils avaient passé le reste de la nuit à regarder la mer, à discuter par épisodes, jusqu’à ce que le silence nocturne ne reprenne ses droits puis qu’ils le brisent à nouveau. Elle avait tiré quelques lattes sur une de ses clopes, il avait réussi à la faire rire. Et "t’es bizarre" avait régulièrement ponctué leurs dialogues, d’un côté comme de l’autre. Il était loin d’être bête, contrairement à ce qu’elle avait cru de prime abord, le classant dans la catégorie des beaux gosses sans cervelle à tort. Et même s’il semblait bien qu’il fût un fêtard invétéré et un coureur de jupons fini, il avait des connaissances assez diverses sur un peu tout et n’importe quoi. Même ses critiques et ses conseils concernant ses créations étaient sensés.

Après ça, la rumeur avait couru qu’elle faisait partie du tableau de chasse de Max, et elle n’avait pas cherché à les démentir. Ils n’étaient pas souvent en cours ensemble, mais quand ils se croisaient dans les couloirs, Baby Doll et Max la Menace se tapaient dans la main, avec plus ou moins de mise en scène... et il n’était pas rare qu’elle poursuive sa route morte de rire jusqu’à sa propre salle de classe ou son casier. A force, ils étaient devenus le duo que personne ne comprenait. Quand il partait dans des excentricités dont lui seul avait le secret, elle était bien souvent la seule à rire, les autres les regardant avec des yeux de merlans frits. Parfois, elle décomptait ses conquêtes de la semaine, commentait ses choix... Et même si en définitive, la plupart du temps, ils n’étaient pas ensemble, lui vaquant à ses occupations favorites (les trois f : le fric, la fête, et les filles... surtout les filles), elle plongée dans ses bouquins à la bibliothèque, ça n’empêchait pas que lorsqu’on cherchait à présenter Elénore, ça tournait souvent en : "Tu sais bien, la petite nouvelle toujours dans ses bouquins... mais si... la Baby Doll de Max". Et on n’était plus venu tenter quoi que ce fût contre son gré. Mieux : on lui fichait une paix royale, merci Max la Menace.

"Un Amico È Cosi"
Laura Pausini


È facile allontanarsi sai
Se come te anche lui ha i suoi guai
Ma quando avrai bisogno sarà qui
Un amico è così

Non chiederà nè il come nè il perché
Ti ascolterà e si baterà per te
E poi tranquillo ti sorriderà
Un amico è così

E ricordati che finché tu vivrai
Se un amico è con te non ti perderai
In strade sbagliate percorse da chi
Non ha nella vita un amico così

Non ha bisogno di parole mai
Con uno sguardo solo capirai
Che dopo un no lui ti dirà di sì
Un amico è così

E ricordati che finché tu vorrai
Per sempre al tuo fianco lo troverai
Vicino a te mai stanco perché
Un amico è la cosa più bella che c'è

È come un grande amore, solo mascherato un po'
Ma che si sente che c'è
Nascosto tra le pieghe di un cuore che si dà
E non si chiede perché

Ma ricordati che finché tu vivrai
Se un amico è con te non tradirlo mai
Solo così scoprirai che
Un amico è la cosa più bella che c'è

E ricordati che finché tu vivrai
Un amico è la cosa più vera che hai
È il compagno del viaggio più grande che fai
Un amico è qualcosa che non muore mai

Et puis Maman et Papa avaient fini par divorcer, et Maman par obtenir sa garde. Et puis Maman avait emménagé avec un de ses associés, un de ceux qui avaient migré d'Irlande à la fermeture de la succursale qui n'avait plus marché là-bas, ramenant sa fille avec lui, fille qui, manifestement, même si Elénore ignorait quasiment totalement le son de sa voix, ne l’aimait pas du tout. Elle aurait bien aimé comprendre pourquoi, mais c’était peine perdue compte tenu du mutisme de l’adolescente, et elle avait laissé tomber, cherchant pour le coup toutes les excuses possibles pour éviter de rentrer à la maison pendant les vacances ou pour s’en éclipser au maximum quand elle était obligée de retourner dormir dans sa chambre décorée par Maman.

Et puis ça avait été son tour d’être nommée tutrice. Et il fallait bien avouer que si, pour ce qui concernait sa famille, elle avait suivi le mouvement sans plus se poser de question, sa première réaction quant à sa nomination avait été : "pourquoi moi ?" sauf que personne ne lui avait donné de réponse à cette question, et qu’elle avait fini par se forger sa réponse toute seule. Puisqu’elle était sous la protection de Max, celui ou celle qui serait sous sa protection à elle en bénéficierait à son tour, suffisait qu’elle aille trouver son cher parrain. C’était écoeurant, et elle avait pensé pendant un temps que si ce filleul, parce qu’il s’était avéré que c’était un filleul, la saoulait trop, elle ‘oublierait volontairement’ de demander l’aide de Max la Menace. Sauf qu’elle n’eut pas l’occasion de mettre son plan à exécution, parce que son filleul avait beau être un gosse de riche bourré de fric, il ne ressemblait pas vraiment aux autres du bahut, dégueulant leurs fringues à la mode et leurs gadgets dernier cri, tout neufs, toutes les semaines. Bon les fringues, si, et le portable aussi. Mais ça n’était pas tout à fait pareil quand même.

Et puis bien rapidement, la jalousie d’une certaine Meagan Patterson avait commencé à se faire ressentir. Au départ, Elénore ignorait totalement qui c’était.

"Meg... ? Qui ? ‘Connais pas... Je suis sur sa liste noire ? Ah ouais ? Pourquoi ? Ah ? Elle veut mon filleul ?"

Rien de tel pour attiser la curiosité de l’adolescente qui avait d’une part cherché à en savoir plus sur sa « rivale », et d’autre part sympathisé davantage avec le filleul en question. Concernant Meagan, ses investigations s’étaient arrêtées à ce qui la classait dans les sportifs – et il fallait avouer que depuis son arrivée à Providence, ce groupe-là ne remportait pas vraiment les suffrages, bizarrement. Aussitôt cataloguée dans les nuisibles, elle avait presque été contente de la rivalité que cette fille mettait en place : si le nom d’Elénore apparaissait sur la liste noire de la sportive, la réciproque était tout aussi vraie.

Quant à Morgan, fringué comme une gravure de mode, à l’origine, elle avait plutôt l’impression d’avoir affaire à un énième gosse de riche qui pense que tout peut lui tomber tout cuit dans le bec dès qu’il claque des doigts. Et s’il y avait du vrai là-dedans, il n’y avait pas que ça. Déjà parce qu’à discuter avec lui, même s’il cachait bien son jeu, elle avait fini par se rendre compte qu’il n’avait pas que des défauts, ce type-là, et que, même, ils pouvaient réussir à avoir des conversations normales et intéressantes, surtout quand on tombait sur des sujets qui semblaient toucher une corde sensible. En fait, elle avait fini par se demander s’il n’avait pas tout simplement utilisé la même technique qu’elle : repousser pour éviter de se lier, et d’en souffrir à terme, chacun à sa manière. Elle, elle n’avait pas le compte en banque qui déborde, il avait fallu faire autrement pour se créer une carapace, mais à défaut d’argent, elle était suffisamment créative pour ça, et ses bizarreries fonctionnaient assez bien en général.

Bon, cela dit, pour ce qui la concernait quant à ne pas se lier avec les autres, Max faisait partie des exceptions... et elle commençait à se surprendre à penser que Morgan pourrait bien en faire partie aussi, dans une autre mesure... Lui faire oublier Ben ? Impossible, personne ne pourrait jamais le remplacer. Mais joindre l’utile à l’agréable, à savoir rabattre le caquet de Meagan, et passer du bon temps avec son filleul, ça devenait parfaitement envisageable. Que ça aboutisse à quelque chose ou non, c’était une autre histoire, et à vrai dire, elle n’était pas certaine de pouvoir affirmer réellement que ce serait juste un soir, juste pour parvenir à ses fins. En tout cas, l’avoir avant sa rivale encombrait ses pensées, et de plus en plus sérieusement, attisant sa rancoeur contre les sportifs du lycée. Et il semblait bien qu’elle était en train de se laisser prendre au petit jeu de séduction auquel elle se livrait... A tel point qu’elle en rêvait parfois la nuit, ou au contraire ne fermait presque pas l’oeil, cherchant un moyen de parvenir à ses fins. Parfois, elle se convainquait qu’il lui suffirait peut-être simplement de lui demander s’il voulait sortir avec elle, tout simplement, mais elle rejetait l’idée au petit matin : et risquer de se voir rembarrer ? Hors de question... Elle finirait bien par trouver un truc pour que ça soit lui qui vienne vers elle.

"What Can I Do"
The Corrs


I haven't slept at all in days
It's been so long since we've talked
And I have been here many times
I just don't know what I'm doing wrong

What can I do to make you love me
What can I do to make you care
What can I say to make you feel this
What can I do to get you there

There's only so much I can take
And I just got to let it go
And who knows I might feel better, yeah
If I don't try and I don't hope

What can I do to make you love me
What can I do to make you care
What can I say to make you feel this
What can I do to get you there

No more waiting, no more, aching...
No more fighting, no more, trying...

Maybe there's nothing more to say
And in a funny way I'm calm
Because the power is not mine
I'm just going to let it fly

What can I do to make you love me
(What can I do to make you love me)
What can I do to make you care
(What can I do to make you care)
What can I say to make you feel this
(What can I do to make you love me)
What can I do to get you there
(What can I do to make you care)

And love me... love me...


La fin de la dernière année avait mis un terme à tout ça en quelque sorte. Ca avait été progressif, si bien qu’elle ne s’en était rendue compte qu’au milieu de l’été. D’abord il y avait eu les examens, et elle avait passé du temps à réviser, à rendre des devoirs supplémentaires aussi parfois, délaissant le soleil qui dorait la peau des bimbos du lycée pour les salles tranquilles de la bibliothèque. Et si elle étudiait parfois en compagnie de Morgan, elle délaissait plus ou moins volontairement le petit jeu qui l’opposait à Meg, soucieuse de réussir ses examens, même si elle avait bien du mal à se décider quant au cursus à choisir l’an prochain. Elle avait d’ailleurs été tellement absorbée par les devoirs et révisions qu’elle en avait oublié un ‘détail’ de la fin de l’année : le bal de promo.

Une semaine. C’était tout le temps qu’il lui restait. Et tout, c’était un bien grand mot. Si peu, eût été plus juste. Elle ne voulait pas céder à la panique, elle ne voulait pas ennuyer Maman qui n’en finissait pas de faire des heures supplémentaires, et elle ne pouvait simplement pas demander à Sélène, qui ne lui eût de toute façon pas répondu et tourné le dos si elle avait seulement eu la mauvaise idée d’essayer. Mais il allait bien falloir qu’elle trouve une solution, et par « solution », entendez : « quelqu’un pour l’accompagner et l’aider à choisir ». Et qui Babydoll appelait-elle toujours à la rescousse ?

"Max la Menace !! Faut absolument que tu m’aides, c’est une question de vie ou de mort !"

Bon de vie ou de mort, c’était peut-être bien un petit peu exagéré, mais quelque part, il y avait un peu de ça. Question de vie ou de mort sociale. Parce que le bal de promo, c’était la soirée, celle où il ne fallait pas se louper. Bon, techniquement, ce que pensaient les autres, elle s’en fichait un peu, mais ne serait-ce que pour elle, c’était important. Et pour Maman, qui lui avait déjà répété quarante fois, au moins, qu’il y avait intérêt à ce qu’ils aient un bon photographe pour cette soirée-là, pour immortaliser les derniers instants au lycée de sa fille. Et de celle de son cher et tendre, avait-elle rajouté presque aussitôt. Elénore doutait que ça intéresse vraiment Sélène mais elle n’allait certainement pas se mêler de ça - elle n’eût sans doute jamais eu de réponse si elle avait jamais posé la question. Pour elle, en revanche, c’était important. Qu’elle garde un dernier bon souvenir du lycée, par exemple, parce que quoi qu’elle pensât de son arrivée, c’était malgré tout cet endroit qui avait permis sa rencontre avec Max, et ça méritait bien de se terminer en beauté, non ? Dans tous les sens du terme, d’ailleurs.

Parce que ce qu’il lui fallait choisir, si peu avant l’échéance, c’était bel et bien ce qu’elle allait mettre pour ce fameux soir. Le genre de détail que les autres prévoyaient des semaines voire des mois à l’avance. Ce qui ne lui avait pas traversé l’esprit jusqu’à ce jour-là, ou presque. Presque, parce qu’en réalité, elle y avait pensé, quelques fois, entre deux séances de révision, se demandant comment elle allait faire. Mais les examens avaient été plus importants encore à ses yeux, et les travaux qu’elle s’était elle-même imposé aussi. Et puis à l’origine, elle avait quand même espéré pouvoir y aller avec Maman, qui eût sans doute eu l’oeil pour ça et lui eût trouvé en deux temps, trois mouvements, la robe parfaite. Sauf que malgré ses promesses, Maman avait continué à être débordée, et Elénore n’avait plus voulu la déranger. Alors oui, ça avait été Max qu’elle avait appelé, et quant il avait eu l’air surpris en entendant ce qui était si urgent, elle avait rétorqué :

"A qui d’autre tu voudrais que je demande ça, franchement ?"

Il fallait bien avouer qu’à part Max, il n’y avait pas soixante mille personnes devant qui elle eût accepté de faire une séance d’essayage. Les autres intellos, elle les aimait bien, mais elle ne faisait pas suffisamment confiance à qui que ce soit d’autre que Max pour lui donner un avis objectif sur ce genre de choses. Et puis Max, les jolies filles, il connaissait, et c’était bien ce qu’elle voulait être au moins ce soir-là : jolie. Même si ça n’était que pour elle-même.

"Je te rassure, on fera pas le tour de la ville, j’aime pas ça non plus. Maman m’a donné une adresse, elle est sûre qu’ils me trouveront quelque chose là-bas. Je crois que c’est là qu’elle m’avait récupéré des trucs pour faire des photos une fois..."

Truc non plus, n’était sans doute pas le terme adéquat. La boutique était clairement dans le registre ‘de luxe’ et s’il n’y avait eu la passion de Maman pour faire des photos de son petit ange en tenues ultra-coûteuses – fort heureusement raisonnée et par Papa et par elle-même, qui connaissait l’état de ses propres finances, et donc assez rares parce que Maman se restreignait – elle eût sans doute été mal à l’aise face aux vendeuses qui les jaugèrent dès qu’ils poussèrent la porte et ne les lâchèrent plus d’une semelle ensuite. S’il y avait bien un truc de riche auquel elle était habituée, c’était ça. Et les vernissages. Participer à un vrai dîner mondain, ça, c’était une autre histoire. Mais là, elle avait juste l’air d’avoir fait ça toute sa vie.

Après avoir échangé quelques phrases avec la vendeuse désignée pour s’occuper d’elle, visant à éliminer ce qui, d’office, ne conviendrait pas, elle avait disparu dans une cabine tandis qu’on installait confortablement Max dans un fauteuil moelleux et qu’on lui proposait un café, un thé, ou elle ne savait trop quelle autre boisson. Malgré ses directives, Elénore pesta quelques fois dans la cabine, éclata de rire aussi. Evidemment, elle ne put pas s’empêcher de partager ça avec Max. Entre la robe bustier en soie mordorée, lacée dans le dos qu’on eût tout d’abord songé à un sous-vêtement, celle à forme boule en soie rose barbie qui lui fit fredonner la chanson du même nom en se présentant à son ami et celle écarlate, encore plus courte – "z’êtes sûrs que c’est pas un top ça ?" – au décolleté plus que plongeant – encore eût-il fallu avoir de quoi le remplir – il y avait de quoi désespérer. Ou mourir de rire, ce qui était plus proche de la réalité en fait.

"On oublie les robes courtes", avait-elle fini par affirmer aux vendeuses, malgré leurs protestations – comme quoi elle avait de jolies jambes qu’il fallait mettre en valeur ce qui leur valut un haussement d’épaules juste avant qu’elle ne s’enferme de nouveau dans la cabine.

Ca n’avait pas été beaucoup plus facile après non plus. On était passée du fourreau volanté rouge sang qui lui avait fait s’exclamer dans sa langue natale qu’elle était française, pas espagnole, à une espèce de kimono gris perle orné d’yeux de paon et de dentelle en passant par une tenue qu’elle eût toutes les peines du monde à passer, ne parvenant pas à déterminer ce qui était l’endroit de l’envers, le haut du bas, et qui, en définitive, ressemblait plus à un voile de dentelle vaguement pailleté en épaisseurs successives qu’à une vraie robe. Le pire avait sans doute était cette robe jaune poussin, composée d’un bustier drapé et d’une jupe indescriptible qui lui fit penser à de la mousse au citron – nouvel éclat de rire en prime.

"Vous n’auriez rien de plus sobre par hasard ?"

Même elle, elle commençait à fatiguer. Alors elle imaginait bien que là, Max, il devait commencer à en avoir un peu marre aussi. D’ailleurs, les éclats de rire se tarissaient quelque peu, et elle refusait de regarder l’heure, histoire de ne pas en plus se faire du mal en réalisant le temps qu’ils avaient passé là.

"Nan mais par contre, c’est pas un enterrement non plus..."

Agacée ? Elle l’était plus qu’un peu. Elle était persuadée que si Maman avait été là, c’eût été différent, ne serait-ce que parce qu’elle eût elle-même suivi les vendeuses pour s’assurer des toilettes qu’elles proposaient. En même temps, ils avaient passé un bon moment, au moins au départ, non ? Elle allait sortir de la cabine et lui dire que tant pis, elle trouverait autre chose, peut-être une robe à piquer à Maman quand la vendeuse était revenue, proposant une énième robe qu’elle faillit refuser avant d’y jeter finalement un coup d’oeil. C’était peut-être de la saison passée, comme elle le précisait, visiblement peu rassurée à l’idée de proposer quelque chose de vieux, mais Elénore resta quelques instants interdite devant l’étoffe gris pâle, hésitante. La dernière, se promit-elle en attrapant la robe des mains de la vendeuse pour s’enfermer de nouveau dans la salle d’essayage. Et cette fois, elle n’eut absolument pas envie de rire.

"T’en dis quoi ?" avait-elle demandé à Max en sortant lentement de la cabine, ses doigts retenant l’étoffe vaporeuse hors de ses pas.

De coupe assez simple, la soie grise était recouverte d’une mousseline de la même teinte, ondulant au gré de ses pas, effleurant le sol. Une large ceinture blanche marquait ses hanches, sous sa poitrine dissimulée par les empiècements triangulaires qui constituaient le haut de la toilette, retenus par de fines bretelles croisées dans son dos. Elle n’avait pas l’air très à l’aise, et à vrai dire, elle ne l’était réellement pas, la légèreté du haut de la robe ne lui convenant pas tout à fait. Mais de tout ce qu’on lui avait proposé, c’était à ses yeux, et de loin, la plus belle tenue du magasin. Elle jouait quelque peu nerveusement avec la mousseline en attendant la réponse de son ami.

Il s’était redressé sur son siège, le plus sérieusement du monde, et l’avait dévisagée un moment. Son regard avait fait le tour de sa silhouette, toujours aussi sérieux. Sérieux. Max la Menace, la regardait sérieusement. elle n’aimait pas ça, ça n’était pas normal, pas bon signe non plus. Et puis il avait fini par briser le silence. A sa manière.

"Baby Doll, veux-tu m'épouser ?"

Son poing frêle s’était abattu sur le bras du jeune homme – pour ce que ça avait dû lui faire, tiens ! – et elle s’était retranchée dans la cabine, pour se changer de nouveau, repassant ses propres vêtements beaucoup plus neutres, avant de revenir vers la vendeuse.

"Ok, on prend celle-là."

En bonne boutique de luxe, ils lui avaient proposé des chaussures et un sac à main, lui affirmant qu’il fallait absolument qu’elle essaie le tout ensemble, ce qu’elle avait refusé, bien qu’elle ajouta à la robe les sandales et la pochette argentées qu’on lui avait proposées, gracieusement payées par la carte bleue de Maman.

Et elle avait été au bal de promo, avec Max, bien qu’ils se fussent dès le départ mis d’accord sur le fait qu’ils ne rentreraient peut-être – sans doute avait-elle rétorqué – pas ensemble. Elle avait passé un moment avec lui, faisant le tour des conquêtes potentielles de ce soir, avait dîné avec d’autres élèves plus ou moins proches, évité comme la peste tous les rassemblements de sportifs, passé quelques temps avec les autres intellos et discuté musique avec Andie. Et puis la salle repas avait laissé la place à la piste de danse, et elle avait dansé. Bu d’abord, un minimum pour se décider à aller se trémousser avec les autres, puis dansé, guère bien longtemps, redoutant d’abîmer sa robe. Et elle avait profité du départ de certaines de ses connaissances pour se joindre à elles et rentrer au dortoir, pour l’une des dernières nuits là-bas.

Par la suite, si son emploi du temps lui eût sans doute permis de revenir en lice pour obtenir les faveurs de Morgan contre Meg, ce fut parce qu’elle n’était plus à l’internat, et n’eut plus autant de liberté qu’auparavant, qu’elle resta distante de son filleul. Elle commençait vraiment à ressentir ce que c’était que d’alterner des semaines chez Maman et d’autres chez Papa, et de se coltiner Mr Flynn tous les soirs à la maison. Et dès qu’elle le pouvait, elle s’éclipsait, embarquant Max à l’extérieur, ce qui lui valait généralement un interrogatoire quant à qui était ce charmant jeune homme qui était venu la chercher. Maintes fois, elle leur avait affirmé que non, ça n’était pas son petit copain, maintes fois ils lui avaient reposé la question. Ce qui risquait fort de se produire à nouveau chaque fois que l’alibi Max la Menace lui permettait de s’éloigner des intrus à sa famille.

Le pire dans l’histoire, c’était que ça n’était pas Sélène la plus difficile à supporter. L’irlandaise ne l’aimait pas, soit. Mais elle restait dans son coin, en retrait, et ne lui adressait pas la parole, ni ne passait son temps à critiquer ce qu’elle faisait ou à l’empêcher de faire telle ou telle chose. Non, le pire, c’était son père, à Sélène, qui s’était mis dans la tête que le piano était exclusivement réservé à sa fille chérie et qui l’enquiquinait dès qu’elle s’y mettait, elle. Qui avait toujours quelque chose à redire, même lorsque ça ne le concernait absolument pas, qui critiquait ses créations, et sa musique, et son travail sur Dante et Pétrarque alors qu’elle ne lui avait rien demandé, et « s’étonnait » qu’elle eût tant de mal à choisir un cursus l’an prochain, sous couvert de réellement faire attention à elle bien qu’il trouvât sans doute là seulement un moyen de la descendre sans se mettre Maman à dos.

Elle s’éloignait le plus possible, pour le coup, du domicile maternel, et était ravie de retrouver l’appartement de Papa, lorsque c’était son tour de l’avoir auprès de lui. Son appartement avait beau être plus modeste – "Tu comprends, tout seul, j’ai pas besoin d’un palace... mais il y a une chambre pour toi, évidemment" – c’était encore là qu’elle se sentait le mieux. Pas de grand piano, juste un clavier électronique d’occasion qu’il lui avait offert, à défaut de mieux, qui l’attendait à chaque fois qu’elle revenait. Ils avaient décoré la pièce ensemble, il avait peint les murs, de blanc, de rose et de violet, elle y avait dessiné le panorama d’une ville nocturne, les fenêtres blanches se découpant sur les silhouettes noires des buildings. Il avait posé la tringle et les rideaux de voiles assortis aux murs qui y pendaient, elle avait redécoré les embrasses de violettes et de pétales de cerisier pris dans la résine. Ils avaient choisi ensemble les meubles blancs qu’il avait montés tandis qu’elle lui donnait les instructions. Un amoncellement de peluches colorées dissimulait le coffre placé sous la fenêtre, et la bonbonnière en verre qui trônait sur son bureau était toujours remplie lorsqu’elle revenait. Elle aimait bien la décoration de Maman dans sa chambre de la maison, avec ses photos en noir et blanc, ses lignes modernes, son espace... Mais c’était là qu’elle se sentait le mieux, dans cette petite pièce colorée qu’elle avait participé à mettre en place et qui lui ressemblait, vraiment.

Elle avait eu du mal à la quitter d’ailleurs, cette petite chambre, pour gagner sa confrérie. Parce qu’elle avait fini par se décider, tout de même, après avoir fait une jolie liste des pour et des contre des deux filières qui l’intéressaient, à savoir artistique d’un côté, et littéraire de l’autre. Son choix s’était finalement affirmé quand elle avait écrit le nom de Sélène dans la catégorie « contre la section artistique », qui avait contrebalancé tous les pour. Elle regretterait peut-être de ne pas pouvoir jouer et chanter autant qu’elle le souhaitait, mais elle trouverait bien un moyen : sa voix et son violon, ça n’était pas si difficile à transporter, et elle commençait à avoir l’habitude de se passer du piano, n’est-ce pas ? Quant au reste de sa créativité, il tenait dans sa valise sans souci, ses bijoux demandaient un peu de matériel, mais rien de très encombrant. Et puis, la littérature, elle avait déjà commencé à travailler dessus, et l’écriture lui ouvrirait peut-être plus de portes quand il serait temps de trouver du travail.

Pour l’instant, c’était celles de l’université, de portes, qu’elle allait pousser, et c’était aussi tourner une page, laisser derrière elle des souvenirs, et peut-être des visages. Apprendre encore, et encore : elle n'était pas cataloguée dans les intellos au lycée pour rien. Continuer à avancer, parce qu'on ignore toujours ce que l'avenir nous réserve, parce qu'on ne peut pas le contrôler. Mais Max serait là aussi. Elle n’avait donc rien à craindre, n’est-ce pas ?

"You Learn"
Alanis Morissette


I recommend getting your heart trampled on to anyone
I recommend walking around naked in your living room
Swallow it down [what a jagged little pill]
It feels so good [swimming in your stomach]
Wait until the dust settles

You live you learn
You love you learn
You cry you learn
You lose you learn
You bleed you learn
You scream you learn

I recommend bitting off more than you can chew to anyone
I certainly do
I recommend sticking your foot in your mouth at any time
Feel free
Throw it down [the caution blocks you from the wind]
Hold it up [to the rays]
You wait and see when the smoke clears

You live you learn
You love you learn
You cry you learn
You lose you learn
You bleed you learn
You scream you learn

Wear it out [the way a three-year-old would do]
Melt it down [you're gonna have to eventually anyway]
The fire trucks are coming up around the bend

You live you learn
You love you learn
You cry you learn
You lose you learn
You bleed you learn
You scream you learn

You grieve you learn
You choke you learn
You laugh you learn
You choose you learn
You pray you learn
You ask you learn
You live you learn

Et l’Université fut une période pleine de révélations. Les retrouvailles avec Ben, venu retrouver sa petite frenchie, qui avait fini, après quelques mois avec elle, par la quitter, lui expliquant qu’il ne pouvait pas la partager avec celui qu’elle aimait vraiment, à savoir Max. Elle s’était toujours refusé à y croire, et voilà que son premier amour le lui affirmait. Il avait inversé les rôles, devenant son meilleur ami tandis qu’elle laissait Max s’amuser avec les autres, sachant qu’il revenait toujours vers elle, par la suite, en tant que meilleur ami. Elle était habituée, il avait toujours été comme ça, même si elle avait un peu de mal à le partager avec toutes ces conquêtes dont il lui avait toujours parlé ouvertement et qu’elle avait toujours commenté avec ses mots francs et directs. Elle avait fini son cursus littéraire et cherché à travailler dans le journalisme. Le Times Picayune accepta sa candidature, et elle chroniqua un peu tout et n’importe quoi pour son patron, refusant cependant tout ce qui pouvait toucher Max afin qu’on ne puisse pas la taxer de favoritisme, ou de partialité dans ses articles.

Et puis il y eut la soirée de travail tardif dont elle se souviendrait à vie. Sa chef et elle étaient les seules à travailler tard ce soir-là, et elle commençait à fatiguer. Sa patronne était venue lui proposer un café, aimablement, que Lenny accepta avec plaisir. Sauf que le café s’était accompagné d’une morsure à la main gauche et qu’elle n’avait, sur le coup, absolument pas compris ce qu’il s’était passé. La douleur lui vrillant le crâne, elle se souvient avoir pleuré mais n’a pas de souvenir des quelques instants suivant la morsure, se réveillant sur le divan de sa chef quelques dizaines de minutes plus tard.

"Je m’attendais à ce que tu retrouves tes esprits plus tard que ça, Lenny…" furent les premiers mots de sa mère lycane, qui lui expliqua ensuite qu’elle était en train de changer et qu’il y aurait d’autres morsures.

Elle n’avait plus d’autre choix que d’accepter, maintenant qu’elle avait été mordue une fois, si elle voulait continuer à vivre, et avait bien du mal à le faire. D’autant qu’elle ne pourrait qu’atteindre un stade hybride, ce qui fit naître un mot dans sa tête et dont elle se qualifie encore aujourd’hui : monstre. Elle était devenue un monstre et pire que tout, elle risquait de faire du mal à ses proches. Il fallait qu’elle les mette en garde, il fallait qu’elle les protège. Et elle ne trouva pas d’autre solution que d’en parler à Max, pour qu’il l’empêche de faire du mal à qui que ce soit, quand la lune devenait ronde.

Elle avait toujours fait plus jeune que son âge et se cachait derrière cette façade pour masquer sa nouvelle nature, bien qu’elle sût parfaitement que ça ne pourrait pas durer éternellement. Pour l’instant, on la croit encore, on la plaint ou on l’admire, et Max est toujours là pour la sceller quand approche la pleine lune… mais jusqu’à quand ?


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