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 2018.06.17 • Don't give up on me

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MessageSujet: 2018.06.17 • Don't give up on me   Ven 3 Aoû 2018 - 18:18

17 juin 2018

Nate

Ca fait quinze jours qu'on passe des soirées ensemble. Ok la majeure partie de nos soirées ensemble. Je devrais pas, je sais bien que je devrais pas, mais je sais pas me restreindre. On s'échange des messages en permanence... enfin disons tous les jours. Je devrais pas. Je devrais pas m'enflammer, je devrais pas être aussi excité rien qu'à voir un de ses sms. Je devrais pas m'apprêter autant juste en sachant qu'il va être là ce soir. Mais je peux tellement pas m'en empêcher... Et j'en suis terrifié. Je lui montre pas, et j'en parle pas, déjà parce que je sais pas où je vais, je navigue complètement à l'aveugle, et puis parce que j'ai aucune idée de ce qu'il en pense et... ok et puis parce que j'ai putain de peur de ce que tout ça signifie et de la chute - qui viendra forcément un jour n'est ce pas ? - et que c'est franchement pas quelque chose que je sais gérer. Sauf que si une part de moi tire des signaux d'alerte et me pousse à prendre la fuite, une autre - et manifestement autrement plus convaincante - me murmure que j'en suis parfaitement incapable, que je me sens définitivement trop bien auprès de lui pour ça.

Ce soir comme nombre d'autres, après qu'on a échangé un certain nombre de SMS dans la journée, je sais qu'il va arriver et Nate et les autres me grillent dans la seconde où j'en ai la confirmation. Ouais c'est bon les gars, ça va, on a compris...

Il est arrivé comme prévu, et je sais bien que je suis pas le seul à faire de efforts sur l'apparence, je sais aussi que le sourire que je lui adresse à son entrée n'a pas grand chose à voir avec celui que j'offre à tout le monde. Mais ça aussi, c'est plus fort que moi.

- 'Evening Starshine.

Putain ce que j'ai envie de l'embrasser ! Sauf qu'il y a déjà pas mal de monde, que je suis en train de préparer un cocktail, et que je suis un peu en service alors j'évite... je dis pas que je nous isolerai pas à un moment, histoire que je puisse me rapprocher, mais pour l'heure, ce sont des regards et des sourires, des mots prétendument innocents, alors que mes potes lui servent un whisky, et que je termine la commande d'une petite brune.

Je peux pas m'empêcher de me faire des films sur le déroulé de la soirée non plus. Le groupe de ce soir devrait jouer jusqu'à minuit, une heure max. Je nous vois bien squatter la scène encore, tous les deux. Même si c'est pas son piano, même si c'est pas prévu. Juste pour ressentir le kiff de la dernière fois. Juste pour être à nouveau fusionnels. En communion, presque. Ensemble. Et repartir avec lui après la fermeture, sans doute.

Je m'imagine pas encore que mes jolis projets vont vite être contrecarrés par l'arrivée fracassante d'une jolie blonde...

Ali

C’aurait dû être un dimanche soir comme les autres. À faire les cent pas dans son grand appartement. À jouer des notes éparses sur son clavier. À reclasser ses disques d’une autre manière. À jouer, juste cinq minutes, à des jeux vidéos. À ouvrir et refermer la porte du réfrigérateur au moins vingt fois, par ennui. À gribouiller des têtes de mort dans ses livres de droit qui avait coûté une fortune à son père. À attendre que Persée se décide de le texter ou de sonner et prendre le premier prétexte venu pour fuir ses études et finir la soirée devant un milkshake. Bref, c’aurait dû être une soirée normale d’études. Les examens de fin d’année approchaient, beaucoup trop vite au goût du jeune homme.

Mais depuis déjà deux semaines, plus rien n’était vraiment comme avant. Le visage et le corps de Nate, dessiné de mémoire au plomb, avaient remplacé les gribouillis obscènes, dans ses bouquins. Son appartement était rangé, bien plus qu’à l’habitude, au cas où… Et il sursautait à la moindre alerte SMS et oubliait de répondre à tout le monde. Tout le monde… sauf Keynes.

Alistair croyait rêver. Depuis combien de temps n’avait-il pas senti ces papillons, dans son ventre, à la pensée de revoir quelqu’un? Depuis combien de temps ne s’était-il pas laissé aller à écouter et à apprendre des morceaux un peu plus légers, juste pour le plaisir de les reproduire sur scène avec Keynes et l’entendre chanter? Depuis combien de temps n’avait-il pas fredonné des airs un peu fleur bleue? Putain, il s’était surpris à fredonner un air des Backstreet Boys. Des Backstreet boys, bordel! Wilde aurait gerbé, il en était certain. Max, John et Erwan se moquaient ouvertement, à qui voulait bien l'entendre. Mais c’était plus fort que lui.

Il voyait le visage de Keynes partout.

Son code civil et ses notes de cours devant lui, il mâchonnait rêveusement le bout de son crayon en lançant des coups d’œil anxieux à son téléphone. Il fronça les sourcils alors que la mine de son crayon caressait la courbe d’une hanche, dans la marge. Il ne se débrouillait pas trop mal, en dessin. Ça y était presque. Bientôt 23h. Le premier groupe venait surement de quitter la scène. Le deuxième groupe ne commencerait que dans…

L’écran de son téléphone s’alluma, enfin. Les yeux du jeune homme s’illuminèrent. Il abandonna ses livres et ses notes de cours pour se précipiter vers la douche. Une douche bien froide, pour calmer un peu ses ardeurs qui déjà, imaginait la fin de cette soirée.

Vêtu de son jeans noir moulant, de son débardeur noir et de sa fine chemise de dentelle à manches courtes qu’il avait rammené de New York, il replaça pour une énième fois une mèche de cheveux, ré-arrangea un pli, mis une goutte ou deux de sa meilleure eau de toilette. Était-il assez bien? Et si… Et si ce soir, il réussissait enfin à se laisser aller pour de bon dans les bras de Nate, hein? Et si…

Il inspira un grand coup. Nate était plus que patient, il le savait. Combien de mecs toléraient encore que le mec avait qui il partageait la nuit garde coûte que coûte son caleçon? Une nuit, ça pouvait aller. Deux, peut-être… Combien de fois l’avait-il rammené chez lui, en deux semaines? Nate était patient… Mais combien de temps tiendrait-il, avant de jeter la serviette et se trouver un mec normal?

Alistair secoua la tête et réajusta son jeans. Ce soir… ce soir, ce serait la bonne…
Peut-être…
Son téléphone vibra à nouveau. Ce n’était pas Keynes. Il le rangea un peu trop vite dans sa poche arrière et accouru vers Lucky Star en oubliant tout le reste.

«‘Evening, Sunshine.»

Il rendit son sourire éclatant à Nate, s’installa au bar et échangea distraitement quelques mondanités avec le staff, pendant qu’on lui servait son éternel scotch. Le menton dans la main, il prit une gorgée en détaillant la silhouette de son amant, le dos tourné à la porte de l’établissement. Il avait hâte que le groupe finisse leur concert. Hâte de voir Keynes empoigner sa guitare. Hâte de chanter avec lui… Tellement hâte à la fermeture qui n’arriverait jamais assez vite…

Persée

Alistair m'ignorait, il ne répondait plus à aucun de mes emails, sms, appels, instagram... Rien. Une fois ok, deux fois je commence à être parano, trois fois je vire au rouge, au-delà je pète un câble et là c'était le cas. J'avais besoin de lui, je sais que ça pouvait paraître égoïste dit ainsi, Alistair ne m'appartenait pas, il avait une vie à part moi... Il savait plus de moi que moi je savais de lui, ce qui était... Rare. Il était même le seul. Il me connaissait mieux que mon propre père, en même temps ce n'était pas très compliqué.

Je marchais dans la rue, je sortais d'une séance de sport. Je m'étais inscrite à un cours de boxe anglaise car ça m'aidait à me défouler et j'en avais besoin entre Sol, mon père... J'avais encore en mémoire la dernière fois où Alistair m'avait vu, le visage défiguré, les yeux remplit de larmes... Alors oui, quand j'avais croisé Alistair, au loin, foncer je ne sais trop où, je l'avais suivi. En legging, avec mon haut de sport qui couvrait uniquement ma poitrine, mes cheveux attachés dans un horrible chignon, les joues rouges vives à cause du fort effort que je venais de faire... Mais pourquoi il m'ignorait ? Pourquoi ? Je pouvais avoir au moins une explication ? Juste une seule ?

Je le suivais au loin, j'avais l'impression d'être dans un mauvais film d'espion américain. J'étais lamentable. Pour tester juste un truc, j'essayais de l'appeler... Je le fixais du regard mais quand je le vis me mettre sur messagerie tout en rangeant son téléphone dans la poche mon coeur se brisa. Je m'arrêtais un instant en versant une faible larme : de colère, de rage, de peine... Pourquoi? Qu'est-ce que j'avais fait ?! Il était un de mes piliers et désormais il fuyait... Il me fuyait.

Il entra dans un bar que je ne fréquentais pas : le lucky star. C'était quoi encore ? J'attendais dix bonnes minutes à l'extérieur, faisant les cent pas avec mon malheureux sac de sport sur mon épaule puis je me décidais à entrer. Je cherchais avidement Alistair du regard et quand je le vis, là, de dos... Mon coeur s'emballa mais pas pour les bonnes raisons. Sans réfléchir, je pris un verre d'eau qui trainait sur le comptoir, oubliant le monde autour de moi.

- Hey ça va? Je t'ai manqué?

Disais-je en lui tapotant l'épaule et quand il se retourna je lui jetais de rage le verre d'eau à la figure. Je regrettais déjà le geste mais il m'avait trop fait mal à m'ignorer autant de temps.

Nate

Combien de nuits on a passées ensemble ? Bonne question. Trop, peut-être. Pas assez, si on me demande mon avis. Et qu'on aille jamais jusqu'au bout de la chose n'est qu'un détail. Ok un détail un peu frustrant, je dois bien admettre, mais ça reste un détail. Je suis bien quand je suis avec lui, je m'éclate tellement quand on est sur scène tous les deux... et je peux pas nier que sentir mon coeur battre à tout rompre quand mon regard tombe sur lui, ou sur un de ses messages, ça n'a juste pas de prix. En tout cas, ça vaut bien la légère frustration qui m'étreint quand on... disons se rabat sur d'autres techniques.

« ‘Evening, Sunshine. »

Sérieux, je veux bien entendre ça tous les soirs. Je veux bien voir ce sourire éclairer son visage quand il me voit chaque jour. Oh putain ouais, voir son regard s'illuminer et lui rendre ce sourire à chaque fois. Comment on fait pour se passer de ça, le reste du temps, en vrai ?

On fait. On s'habitue à gérer les choses autrement. Et on oublie. Avec le temps, avec quelqu'un d'autre. On tourne la page, et on apprend à continuer à vivre. Mais j'ai pas vraiment envie de penser au moment où il faudra, peut-être, que je réapprenne à vivre sans. Pour l'instant, il est là, avec son scotch à la main comme à chaque fois, je sens ses yeux sur moi comme je termine de m'occuper des clients présents.

« Hey ça va? Je t'ai manqué? »

Vous savez, ce moment où sans qu'on puisse déterminer exactement pourquoi, on sent que quelque chose ne va pas, que ça va dégénérer ? On sait que ça va être la merde dans quelques secondes, on n'a aucune foutue idée de ce qui nous en donne l'intime conviction, pourtant on le ressent au fond de nos tripes. Et bah c'est un de ces moments. Sans doute que la vitesse à laquelle elle est entrée dans le bar joue. Sans doute aussi que son apparence témoigne assez clairement que son arrivée ici n'était pas calculée, et le fait qu'elle soit venue sur un coup de tête, n'a, pour cette fois, pas grand chose d'engageant. Sans doute aussi que le fait que les mots n'aillent pas avec le ton de voix n'aide pas. Et puis son regard... J'ai pas le temps de réagir, Ali a à peine celui de se tourner vers elle que le verre d'eau qu'elle a saisi au vol détrempe le visage de mon amant. Ooooookay. Il se passe quoi, là ?

D'un geste, je fais signe à Nathan de venir s'occuper du type en face de moi et me décale vers Ali et la blonde. Je dois bien admettre que c'était pas vraiment dans ces conditions-là que j'imaginais que j'allais venir vers lui.

« Bonsoir Mademoiselle. Je vous sers quelque chose ? »

Un sourire et l'air avenant, histoire de te détendre un peu, parce que j'ai légèrement l'impression que t'en as besoin... Même si je sais absolument rien de ce qui se passe en fait...

Ali

Nate servait une jolie brune, de l’autre côté du comptoir. Une de ces filles qui faisait craquer tous les mecs qu’elle voulait d’un sourire. Et elle ne faisait que ça, lui sourire. Elle n’avait d’yeux que pour lui. Et il jouait bien le jeu. Alistair fronça les sourcils. Était-il en train de devenir jaloux? Ses parents ne vivaient même plus ensemble et ne se côtoyaient plus depuis plus de douze ans, bien qu’ils étaient encore mariés sur le papier. Il y avait longtemps qu’Alistair ne croyait plus trop aux principes archaïque de fidélité. De la foutaise bonne pour enchaîner les faibles. Mais cette petite brune le faisait sentir mal à l’aise. Et si Nate décidait de repartir avec elle, ce soir?

Ils n’en avaient jamais réellement parlé. Ils ne s’étaient pas confié encore sur leurs préférences, sur leurs partenaires, sur leurs amours d’autrefois. Putain… ils ne voyaient que depuis deux semaines… Mais il avait entendu de ça et là les racontars et ça lui était égal. Même que ça le rassurait un peu. Il était si exécré de ces mecs qui lui sortaient tout ce charabia sur ceux qui ne kiffaient pas que les garçons, comme si c’était un gage quelconque de sécurité, que de ne préférer qu’un seul sexe. La belle foutaise. Non, il se foutait bien que Keynes reluques aussi les filles. Lui-même s’en donnait à cœur-joie… de loin. Il se souvenait encore des paumes fraîches de l’amante de Wilde et de sa fragilité, de son sourire espiègle. Il se souvenait très bien du désir qui l’avait étreint de lui proposer de venir chez lui boire quelque chose chez lui, à deux pas de là. Et la fidélité n’avait rien à y voir, non. Parce que ses démons aussi se foutaient du sexe de son ou sa partenaire…

Perdu dans ses pensées, il prit une gorgée de whisky en glissant son regard sur ces hanches qu’il avait tenté de dessiner, entre les marges d’une matière insipide. Et puis une voix retentit. Une voix qui lui parut irréelle, dans un endroit comme celui-ci. Une voix qui lui aurait parut plus normal d’entendre au Ministry of Sound ou dans le backstage V.I.P. d’un club ultra select avec de la musique qui vous défonce les oreilles, la E ou la coke dans le sang et avec cette inconmnue en train de faire une pipe à votre pote, dans l’ombre. Au Viper room, tiens. Oui, au Viper Room.

Mais pas ici. Oh non, pas ici.

« Je t’ai manqué? »

L’eau glacée le frappa en plein visage comme une giffle retenue trop longtemps. Il pouvait dire adieu au temps qu’il avait passé à maîtriser ses mèches rebelles. Adieu à son cache-cerne qui dissimulait trop peu à son goût la couleur de ses nuits blanches, à composer. Adieu à son eau de toilette luxueuse, diluée dans la flotte insipide d’un verre d’eau abandonné.

Adieu à la nuit torride qu’il s’était promis, à Nate et à lui. Incrédule, il fixa du regard un glaçon glisser le long de son entrejambes et finir sa destinée dans la flaque qui gisait à ses pieds.

C’était comme si le deuxième groupe s’était arrêté de jouer et que tout le bar s’était retourné, pour assister à une scène tout droit sorti d’un soap italien.

« Mais t’es devenue complètement cinglée, Poulette! Mais c’est quoi cette putain d’histoire de me jeter de la flotte en pleine gueule, comme ça? Putain, mais on s’est vu dernièrement, non?! Je t’ ai texté, je t’ai texté… »

Alistair eut un blanc de mémoire. Bordel, quand l’avait-il texté, la dernière fois? Aujourd’hui, non? Quand-est-ce qu’ils s’étaient vus? Blême de rage et de honte de se retrouver ainsi devant le mec qu’il tentait de séduire et qui l’acceptait enfin comme il était, il n’arrivait plus à refléchir.

« Mais c’est quoi cette putain de crise de jalousie, Micetta?! Solal t’a mal baisée aujourd’hui? On n’est pas encore marié, à ce que je sache!»

Il releva la tête, furieux pour rencontrer le regard de Persée. Ses joues rouges, ses vêtements de sports, son air chancelant, à la dérive… et réalisa trop tard tout l’ignoble discours qui avait traversé ses lèvres…

« Oh, bordel, Persée, je… »

Persée

Je le fusillais du regard, si j'avais eu un autre verre sous la main je lui aurais lancé aussi. Alors quand un membre du personnel du bar vint s'interposer je me contentais de lui ordonner de fuir du regard.

- Non, non, non! Sauf si c'est pour lui lancer un autre verre à la figure je veux bien!

J'hurlais comme il n'était pas permis. Tous les clients du bar nous regardaient et Alistair réagissaient enfin. Il plaçait à peine cinq mots que j'avais envie de le couper et de le taper... De l'insulter. Et je m'en voulais. C'était la personne sur terre qui me comprenait le mieux au monde, il me connaissait par coeur et là je voulais le... Taper. Oui. L'insulter, lui dire à quel point je le haïssais à cet instant même.

- Non ! Je t'appelle et tu me raccroches à la gueule, arrête de mytho!

Ma voix en devenait super aigue, voire cassante tant j'allais trop loin. Je gigotais dans tous les sens jusqu'à qu'un client vienne m'attraper par le bras pour me calmer.

- Lâchez-moi! Je ne vais rien lui faire!

Je repoussais cet inconnu assez violemment pour revenir sur Alistair mais je fus surprise d'apercevoir ce serveur toujours près de lui. Il restait là pour la "sécurité" sans doute. J'allais m'apprêter à lui dire de dégager mais quand Alistair, mon futur mari de la quarantaine, ouvrit sa bouche, mon coeur se brisa. Solal. Il avait prononcé le prénom qui me rendait mal jusqu'à en vomir. Il ne m'avait pas baisé depuis deux mois s'il voulait parler de "la chose"... Il avait essayé d'ouvrir mon coeur et à peine ouvert déjà piétiné et je m'en voulais... M'en voulais de l'aimer malgré moi. J'étais attachée. Je pensais à lui... Comme à l'autre femme avec qui il couchait. J'avais beau coucher avec des dizaines de mecs différents, ce n'était pas pareil, Solal lui "faisait l'amour". Il avait même refusé de coucher avec moi car "il voulait plus qu'une simple baise" et quand j'avais essayé... Juste une fois d'être... "Normale" il avait détesté ce qu'il avait vu. Me parlant comme à une gamine de 15 ans, étant affectif quand il le voulait et distant quand il le voulait... Et moi dans tout ça? Rien... Au final, pourquoi demander l'avis de Persée? Pourquoi se soucier de ce qu'elle pensait? Ridicule... Pourquoi Alistair se serait inquiété aussi alors? Il avait une vie à part moi... Je l'étouffais trop. Oui voilà... J'étais devenue chiante, cette fille qu'on délaissait en soirée, cette fille qui ne rentrait même pas en boîte, celle jamais inviter aux anniversaires... De populaire à impopulaire il n'y avait qu'un pas.

Je baissais ma garde, une nouvelle fois. Il m'avait touché en plein coeur. J'avais besoin de lui mais il n'avait pas besoin de moi... Comme les gens ici. Une larme coula malgré moi mais quand Alistair commença à vouloir s'excuser je l'interrompais aussitôt.

- Je te déteste...

Disais-je doucement avant de sécher ma misérable larme et de renifler un bon coup.

- Je te déteste !

Criais-je une nouvelle fois au sein du bar avant de me jeter sur Alistair pour le "pousser" vers l'arrière. Je l'avais tellement poussé qu'il s'était à moitié rétamée sur le serveur. Même eux semblaient déjà plus proches qu'Alistair et moi ou juste Solal et moi... Qui pouvait vraiment aimer la Persée que j'étais? Qui? Si Alistair n'y arrivait pas, qui y arriverait? Personne.

Nate

Je joue le jeu, avec les clients et les clientes. Ca a toujours été, ça fait partie du métier. Je me suis jamais posé trop la question de si ça poserait problème à quelqu'un, parce qu'à part Tyler, et la situation était pas tout à fait la même au départ, j'ai jamais eu de compte à rendre à personne. Et Tyler... Tyler avait bien compris qu'il n'y avait que lui, de toutes les manières. Mais Ali ? Bonne question. Que je ne me pose pas vraiment, en fait, parce qu'en réalité, je n'ai absolument pas l'intention de voir qui que ce soit d'autre. Et qu'il ne parvienne pas à aller jusqu'au bout de la manoeuvre quand on passe la nuit ensemble n'y change rien. Oui, je suis un peu frustré. Mais et après ? Ca n'est pas l'essentiel, et ce que je ressens quand je suis auprès de lui, ça, ça n'a pas de prix. Alors la brune face à moi peut bien me faire tous les sourires ravageurs du monde, et je peux rentrer dans son jeu pour le show, pour l'inciter à revenir, pour l'encourager à payer un verre de plus, mais ça n'ira pas plus loin que ça. Et même si on ne s'est rien promis avec Ali, même si on n'a jamais rien évoqué de notre relation, j'aurais trop la sensation de le trahir en repartant avec qui que ce soit d'autre.

Et lui ? Est-ce que je m'interroge sur ce qu'il fait quand je ne suis pas avec lui ? A vrai dire, jusqu'à ce soir, non. Vu nos quelques conversations sur son incapacité à aller plus loin, je ne me suis jamais imaginé qu'il puisse passer la nuit dans les bras d'un autre. Ou d'une autre, j'en sais rien. Jamais, jusqu'à ce que cette fille lui jette ce verre en plein visage en lui demandant si elle lui avait manqué. Et si j'interviens en tant que patron du bar, pas trop mécontent d'avoir ce t-shirt de "Boss" sur le dos, je dois bien avouer qu'au fond, c'est surtout en tant que... que je ne sais pas comment je dois le définir que je me suis approché.

« Non, non, non! Sauf si c'est pour lui lancer un autre verre à la figure je veux bien!
- Mais t’es devenue complètement cinglée, Poulette! »

Poulette ?
Ok, j'ai pas vraiment le droit de redire grand chose mais... mais je dois bien avouer que je suis pas fier, là... Et si c'est pour lui jeter à nouveau à la tronche, non, je vais pas te servir un verre, Blondie... même si ça me laisse pas complètement indifférent de le voir ainsi trempé, je dois bien admettre, et qu'en d'autres circonstances... disonsque j'aurais sans doute fini mon service un peu plus tôt...

« Mais c’est quoi cette putain d’histoire de me jeter de la flotte en pleine gueule, comme ça? Putain, mais on s’est vu dernièrement, non?! Je t’ai texté, je t’ai texté…
- Non ! Je t'appelle et tu me raccroches à la gueule, arrête de mytho! »

Pourquoi ça me met si mal à l'aise qu'il texte cette jolie blonde ? Il a bien le droit d'avoir ses potes, j'ai rien à y redire.

La blonde partait en live, cela dit, et les clients du bar autant que moi, toujours près d'Ali prêt à faire barrage, focalisons notre attention sur eux.

« Lâchez-moi! Je ne vais rien lui faire! »

Bon à savoir, parce que c'était quand même pas si évident là...

« Mais c’est quoi cette putain de crise de jalousie, Micetta?! Solal t’a mal baisée aujourd’hui? On n’est pas encore mariés, à ce que je sache! »

Jalousie. Un poison dans toute relation. Mais est-ce que je serais pas en train de devenir jaloux, là, moi aussi ? Alors que j'ai vraiment aucun droit de l'être, en fait ? Micetta... Je sais pas trop ce que ça veut dire, mais le surnom affectif m'indispose, et l'évocation d'un futur mariage me fait blêmir. Je me revois, évoquant les fiançailles imposées avec Prim' à Tyler. Est-ce que c'est aussi leur cas ?

« Oh, bordel, Persée, je…
- Je te déteste... Je te déteste ! »

Et voilà qu'elle recommençait à crier, mais surtout, qu'elle se jetait sur Ali sans crier gare, pour le pousser vers l'arrière, lui faisant perdre l'équilibre. Réflexe, je me suis élancé pour le rattraper par les épaules, tant bien que mal, histoire qu'il ne finisse pas sa course au sol avec le tabouret de bar, même si ça n'empêche pas tous les dommages...

« Oooookay... Si on essayait de se calmer deux minutes ? Je sais pas ce qu'il se passe, mais je crois que vous avez besoin de discuter calmement et... »

Un coup d'oeil en arrière où Kassie est en train de nettoyer une table, et il suffit d'un regard pour qu'elle la maintienne libre.

« ...il y a une table libre au fond, allez vous y installer... »

Je fais genre, je reste pro, mais en réalité, je suis pas fier du tout. Je sais pas où ils en sont tous les deux, ni où je me situe moi, dans tout ça, mais c'est pas le moment pour moi de poser des questions et de jouer au mec possessif, d'autant moins que je n'en ai aucun droit. Reste à savoir s'ils accepteront de se diriger là-bas, même si ça me fait vraiment bizarre de les imaginer discuter sérieusement à l'endroit où on s'est retrouvés tous les deux à échanger nos playlists la première soirée qu'on ait passée ensemble...
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